Quand on consulte pour une chute de cheveux, on veut surtout savoir deux choses : quelles analyses de sang demander et ce que signifient les chiffres du compte rendu. Six paramètres sont réellement informatifs : l’hémogramme, la ferritine, la CRP, la TSH, la 25-OH-vitamine D et le zinc. Ils permettent d’identifier les causes traitables d’une chute diffuse. La forme la plus fréquente, l’alopécie androgénétique, ne se voit en revanche pas dans le sang. Cet article passe chaque valeur en revue, avec des ordres de grandeur, les facteurs d’interférence et les sources, état des connaissances 2026.
L’essentiel en bref
- ✓Le bilan de base en cas de chute diffuse comprend l’hémogramme, la ferritine, la CRP, la TSH, la 25-OH-vitamine D et le zinc
- ✓La ferritine est le paramètre isolé le plus important, et « dans les valeurs de référence » ne veut pas dire ici « optimal »
- ✓Un hémogramme complet ne suffit pas : la ferritine, la TSH, la vitamine D et le zinc n’y figurent pas
- ✓Chez la femme, les dosages hormonaux relèvent d’une décision médicale et se programment en fonction du cycle
Le sommaire indique où trouver quoi. Ensuite, chaque valeur est détaillée, jusqu’à la question de savoir quoi faire lorsque toutes les analyses sont normales et que les cheveux tombent malgré tout. Vous avez déjà votre compte rendu sous les yeux ? Le décodeur du compte rendu explique chaque abréviation, de l’Hb au VGM en passant par les anti-TPO.
Sommaire
- Ce qu’une analyse de sang établit en cas de chute de cheveux et ce qu’elle ne peut pas établir
- Quelles analyses de sang en cas de chute de cheveux ? Le panorama complet
- Chute de cheveux diffuse : les analyses qui comptent vraiment
- Ferritine et chute de cheveux : le paramètre le plus important et le plus discuté
- Hémogramme et chute de cheveux : ce qu’il contient et ce qui manque
- Thyroïde et chute de cheveux : la TSH et les cas où elle ne suffit pas
- Vitamine D, zinc, B12 et folates : les paramètres nutritionnels au laboratoire
- Analyses de sang et chute de cheveux chez la femme : bilan hormonal, cycle et pilule
- Déroulé : comment obtenir une analyse de sang utile
- L’analyse de sang en cas de chute de cheveux est-elle prise en charge ?
- Bien lire ses analyses : les valeurs de référence ne sont pas des valeurs optimales
- Toutes les analyses sont normales et les cheveux tombent quand même : les étapes suivantes
- Combien de temps faut-il pour que les cheveux repoussent après la correction ?
- Diffus ou héréditaire : ce que la distinction change en pratique
- Questions fréquentes sur les analyses de sang en cas de chute de cheveux
- Sources scientifiques
Ce qu’une analyse de sang établit en cas de chute de cheveux et ce qu’elle ne peut pas établir
Une analyse de sang met en évidence les déclencheurs acquis et traitables d’une chute de cheveux : carence en fer, trouble de la fonction thyroïdienne, déficits en nutriments et inflammation, plus rarement des causes hormonales ou systémiques. Elle ne permet ni de prouver ni d’exclure l’alopécie androgénétique. Cette forme est un diagnostic clinique, posé à partir de l’interrogatoire, du profil de la chute et de la trichoscopie, comme le décrit de façon constante la littérature dermatologique.
Deux termes reviennent tout au long de l’article. L’ alopécie androgénétique désigne la chute héréditaire, dans laquelle les follicules du front, des tempes et du vertex sont particulièrement sensibles à l’androgène DHT et s’atrophient progressivement. L’ effluvium télogène est une chute diffuse sur l’ensemble du crâne, où un nombre inhabituel de follicules passent prématurément et simultanément en phase de repos.
Analyses de sang et chute de cheveux : les six messages clés
- Bilan de base : hémogramme, ferritine, CRP, TSH, 25-OH-vitamine D, zinc.
- La ferritine est le paramètre isolé le plus informatif en cas de chute diffuse.
- La CRP en fait toujours partie, car une inflammation fait apparaître la ferritine faussement élevée.
- Un hémogramme complet ne contient ni ferritine, ni TSH, ni vitamine D, ni zinc.
- Dosages hormonaux uniquement après interrogatoire, et chez la femme programmés selon le cycle.
- Après la correction d’une carence, il faut typiquement trois à six mois pour que la chute diminue.
Le fait que les analyses de sang ne montrent pas l’alopécie androgénétique ne rend pas l’examen inutile, bien au contraire. Parce que le profil héréditaire est très fréquent, la part traitable passe souvent inaperçue. Une chute diffuse due à une carence en fer ou à un trouble thyroïdien est réversible, et les deux peuvent coexister : un profil héréditaire plus une composante diffuse supplémentaire.
L’apport du laboratoire dépend donc du profil : diffus sur tout le crâne, le laboratoire passe au premier plan ; profil au front et au vertex, il devient secondaire ; plaques rondes ou cuir chevelu enflammé, c’est le dermatologue qui prime. Les causes possibles sont détaillées dans le panorama des causes de la chute de cheveux .
| Cause ou forme | Visible dans le sang ? | Comment elle est identifiée autrement |
|---|---|---|
| Carence en fer | Oui, par la ferritine associée à la CRP | Analyse de sang, et en cas de doute coefficient de saturation de la transferrine |
| Trouble de la fonction thyroïdienne | Oui, par la TSH, et en cas d’anomalie T3L, T4L, anti-TPO | Analyse de sang et examen clinique |
| Carence en vitamine D | Oui, par la 25-OH-vitamine D | Analyse de sang |
| Carence en zinc | Oui, par le zinc sérique ou sur sang total | Analyse de sang, valeur variable selon l’heure de la journée |
| Anémie | Oui, par l’hémogramme et l’hémoglobine | Analyse de sang |
| Inflammation ou infection | Oui, par la CRP et la formule leucocytaire | Analyse de sang et interrogatoire |
| Carence en vitamine B12 | Oui, par la B12 ou l’holo-transcobalamine | Analyse de sang, souvent suspectée devant un VGM élevé |
| Trouble hormonal chez la femme | Oui, en cas de signes évocateurs, par un bilan hormonal choisi par le médecin | Interrogatoire et bilan gynécologique, laboratoire en complément |
| Alopécie androgénétique (héréditaire) | Non | Profil au front, aux tempes et au vertex, trichoscopie, interrogatoire |
| Pelade (alopecia areata) | Non | Plaques rondes visibles, trichoscopie, examen dermatologique |
| Alopécie cicatricielle | Non | Examen dermatologique, biopsie du cuir chevelu en cas de doute |
| Alopécie de traction | Non | Interrogatoire sur les coiffures et les tensions exercées, examen de la ligne d’implantation |
| Trichotillomanie | Non | Interrogatoire et aspect typique de cheveux cassés de longueurs différentes |
| Déclencheur ancien : infection, régime ou intervention chirurgicale | Seulement de façon indirecte, et souvent plus du tout | Interrogatoire portant sur les deux à quatre derniers mois |

Est-il utile de faire doser la testostérone ou la DHT ?
Non, chez l’homme présentant une alopécie androgénétique, le dosage de la testostérone ou de la DHT sériques n’apporte rien sur le plan diagnostique. L’alopécie androgénétique repose sur la sensibilité des follicules à la dihydrotestostérone, et non sur un taux hormonal élevé dans le sang. Selon la littérature dermatologique, les hommes concernés ont en règle générale des taux de testostérone et de DHT normaux.
Les deux conclusions en découlent : une valeur normale n’exclut pas le diagnostic, et une valeur élevée ne le confirme pas. Chez la femme, le dosage des androgènes est en revanche pertinent, mais pour une autre raison. Il recherche un trouble hormonal sous-jacent, comme un syndrome des ovaires polykystiques, et non l’explication du profil de la chute.
Quelles analyses de sang en cas de chute de cheveux ? Le panorama complet
Le bilan de base en cas de chute de cheveux comprend six paramètres : hémogramme avec formule leucocytaire, ferritine, CRP, TSH, 25-OH-vitamine D et zinc. Un bilan élargi s’y ajoute lorsque le tableau reste flou ou que la chute persiste ; les dosages hormonaux et la sérologie auto-immune ne viennent qu’ensuite, et seulement si l’interrogatoire y invite. Les tableaux suivants reprennent ces trois niveaux, avec pour chaque paramètre ce qu’il indique, quand il est utile et quel ordre de grandeur en attendre.
| Paramètre | Ce qu’il indique | Quand il est utile | Ordre de grandeur |
|---|---|---|---|
| Ferritine | Niveau de remplissage des réserves de fer, souvent anormal avant même une anémie | Devant toute chute diffuse, en particulier chez la femme | Carence le plus souvent en dessous de 15 à 30 µg/l selon le laboratoire ; des valeurs cibles plus élevées pour les cheveux relèvent du débat spécialisé, pas des recommandations |
| CRP | Inflammation dans l’organisme, révèle une ferritine faussement élevée | Toujours avec la ferritine | Dépend du laboratoire, voir votre propre compte rendu |
| Hémogramme avec formule leucocytaire | Anémie, taille des cellules (VGM), signes d’inflammation ou de maladie du sang | Examen de base devant une chute inexpliquée | Dépend du laboratoire, voir votre propre compte rendu |
| TSH | Hormone de commande de la thyroïde, réagit à une hypo- comme à une hyperthyroïdie | En cas de chute diffuse, a fortiori en cas de fatigue, de variations de poids ou de troubles du cycle | Souvent résumé à 0,4 à 4,0 mUI/l ; limite supérieure de 3,5 à 5,0 mUI/l selon le laboratoire |
| 25-OH-vitamine D | Statut en vitamine D des dernières semaines | En cas de chute diffuse et de faible exposition au soleil | À partir de 20 ng/ml (50 nmol/l) suffisant, 12 à 20 ng/ml (30 à 50 nmol/l) sous-optimal, en dessous de 12 ng/ml (30 nmol/l) carence (classification de l’Institute of Medicine) |
| Zinc | Statut en zinc, baisse aussi en cas d’inflammation | En cas de chute diffuse, d’alimentation déséquilibrée ou de maladie intestinale | Dans le sérum, environ 9 à 21 µmol/l ou 75 à 140 µg/dl selon la méthode |
Niveau 1, le bilan de base : hémogramme, ferritine, CRP, TSH, 25-OH-vitamine D et zinc. Cette combinaison couvre la carence en fer, l’anémie, l’inflammation, la fonction thyroïdienne et les deux déficits en nutriments les plus discutés. Elle est décrite de façon pratiquement identique dans les sources spécialisées françaises, britanniques, italiennes et turques, et constitue donc le socle international du bilan sanguin en cas de chute de cheveux. Que ces analyses soient prises en charge dépend de l’indication et non du paramètre isolé ; la section sur le remboursement, plus bas, précise où se situe cette limite.
| Paramètre | Ce qu’il indique | Quand il est utile | Repère d’interprétation |
|---|---|---|---|
| T3L et T4L | Hormones thyroïdiennes libres, elles montrent la situation métabolique réelle | Lorsque la TSH est anormale ou que la suspicion clinique persiste | Elles s’interprètent avec la TSH, jamais isolément |
| Anticorps anti-TPO | Processus auto-immun de la thyroïde (thyroïdite de Hashimoto) | En cas de TSH anormale ou d’antécédents familiaux | Un résultat positif à lui seul n’est pas encore une maladie à traiter |
| Vitamine B12 ou holo-transcobalamine | Statut en B12 ; l’holo-TC reflète la part disponible pour les cellules | En cas d’alimentation végétarienne ou végétalienne, de VGM élevé, de maladies digestives | L’holo-transcobalamine est considérée comme plus informative que la B12 totale |
| Folates | Statut en folates, important pour les tissus à renouvellement rapide | En cas de globules rouges de grande taille sur l’hémogramme ou d’alimentation déséquilibrée | S’interprètent le plus souvent avec la B12 |
| Coefficient de saturation de la transferrine | Part de la protéine de transport chargée en fer | Lorsque la ferritine et la clinique ne concordent pas | En dessous de 20 pour cent, avec une capacité de fixation du fer élevée, il peut indiquer une carence martiale fonctionnelle |
| Bilan hépatique et rénal | Fonctions de base du foie et du rein | En cas de symptômes généraux ou de traitement au long cours | Ils n’expliquent une chute diffuse que dans de rares cas |
| Glycémie ou HbA1c | Métabolisme du sucre des dernières semaines | En cas de surpoids, de troubles du cycle ou de suspicion de syndrome des ovaires polykystiques | La glycémie à jeun suppose de ne rien avoir mangé avant le prélèvement |
| Sélénium | Statut en sélénium | Uniquement en cas de suspicion précise | Un surdosage peut lui-même provoquer une chute de cheveux, d’où l’importance de ne jamais en prendre à l’aveugle |
Niveau 2, bilan élargi : ces paramètres s’ajoutent lorsque le bilan de base est normal mais que la chute diffuse persiste, ou lorsqu’un résultat reste à expliquer. Un exemple tiré de la pratique : un coefficient de saturation de la transferrine inférieur à 20 pour cent, associé à une capacité de fixation du fer élevée, peut indiquer une carence martiale fonctionnelle, alors même que la ferritine paraît « normale ».
| Paramètre | Ce qu’il indique | Quand les médecins le prescrivent |
|---|---|---|
| Testostérone totale et libre | Taux d’androgènes ; seule la testostérone libre est biologiquement active | Chez la femme présentant des signes d’excès d’androgènes : troubles du cycle, acné ou pilosité faciale accrue |
| SHBG | Protéine de transport des hormones sexuelles, elle modifie la testostérone libre | Avec la testostérone, surtout sous contraception hormonale |
| SDHA (sulfate de DHEA) | Production d’androgènes par la corticosurrénale | En cas de suspicion d’une source d’androgènes en dehors des ovaires |
| Prolactine | Hormone de l’hypophyse | En cas de troubles du cycle, d’écoulement de lait ou d’infertilité |
| 17-OH-progestérone, FSH, LH, œstradiol | Autres éléments du bilan hormonal | Selon l’indication, dans le cadre d’un bilan gynécologique ou endocrinologique |
| Sérologie auto-immune ou sérologie de la syphilis | Éléments en faveur d’une cause auto-immune ou infectieuse | Uniquement en cas de suspicion précise issue de l’interrogatoire et de l’examen, jamais en routine |
Niveau 3, sur indication médicale : les dosages hormonaux et la sérologie auto-immune n’ont pas leur place dans un pack commandé de sa propre initiative. Ils sont prescrits lorsque l’interrogatoire en donne la raison, et ils sont interprétés en lien avec le tableau clinique. Une revue dermatologique espagnole, Actas Dermo-Sifiliográficas, le formule ainsi pour les femmes : bilan hormonal surtout en présence de signes supplémentaires d’excès d’androgènes.
Multiplier les paramètres n’est pas automatiquement une meilleure démarche. Un pack de 30 analyses produit surtout des découvertes fortuites, des examens complémentaires et des frais. La Haute Autorité de Santé aboutit exactement à cette conclusion pour le dosage de la vitamine D : en dehors de situations ciblées, il n’est pas reconnu comme utile chez des personnes sans symptôme, avec un risque de résultats mal interprétés et de surdiagnostic. Mesurer de façon ciblée vaut mieux que mesurer beaucoup.

Chute de cheveux diffuse : les analyses qui comptent vraiment
Les analyses décisives en cas de chute diffuse sont la ferritine associée à la CRP, la TSH, la 25-OH-vitamine D, le zinc, la vitamine B12 et un hémogramme. C’est ici que l’analyse de sang apporte le plus, car elle peut mettre au jour un déclencheur acquis, souvent corrigeable. Diffus signifie : les cheveux s’affinent sur l’ensemble du crâne, sans zone dégarnie.
Le profil détermine ce que le laboratoire peut apporter. Les correspondances ci-dessous résument, en pratique, ce que vous pouvez attendre d’une analyse de sang. Les détails sur l’évolution et sur les déclencheurs typiques figurent dans l’article consacré à la chute de cheveux diffuse.
Diffus sur tout le crâne, sans zone dégarnie
Laboratoire au premier plan. La ferritine, la CRP, la TSH, la vitamine D, le zinc et l’hémogramme éclaircissent les causes acquises, celles que l’on peut traiter.
Profil au front, aux tempes et au vertex
Laboratoire secondaire. Le diagnostic repose sur l’examen du profil et du cuir chevelu. Le laboratoire vérifie s’il existe en plus une composante diffuse.
Plaques rondes ou cuir chevelu enflammé et douloureux
Bilan dermatologique au premier plan. Ici, ce sont la trichoscopie et, en cas de doute, un prélèvement tissulaire qui tranchent ; le laboratoire ne fait que compléter.
Une chronologie que l’on trouve rarement écrite et qui explique beaucoup de résultats : un effluvium télogène ne débute typiquement que deux à quatre mois après le déclencheur, car les follicules concernés restent d’abord plusieurs semaines en phase de repos, qui dure à elle seule environ 100 jours. Qui perd ses cheveux aujourd’hui doit donc chercher un événement survenu il y a deux à quatre mois.
Les déclencheurs typiques sont une infection fébrile, une intervention chirurgicale, un régime avec perte de poids importante, un accouchement, une perte de sang importante ou un nouveau médicament. Il en découle une limite importante : une valeur mesurée aujourd’hui peut être redevenue normale depuis longtemps, alors même que le déclencheur était bien réel. Une fois le déclencheur disparu, la chute se normalise le plus souvent en trois à six mois.
Analyse de sang avant une greffe de cheveux : pourquoi la cause est établie d’abord
Avant une greffe de cheveux envisagée, l’analyse de sang sert à faire la part des choses : elle doit montrer s’il existe, en plus du profil héréditaire, une chute diffuse active. Un effluvium télogène en cours, dû à une carence en fer ou à une thyroïde non équilibrée, est considéré dans l’évaluation médicale comme une raison de traiter d’abord cette cause.
La raison en est simple : une greffe redistribue des cheveux existants, elle ne modifie ni le statut en fer ni la fonction thyroïdienne. Tant que la composante diffuse est active, la situation de départ continue d’évoluer. Les analyses à prescrire avant une intervention sont décidées par le médecin qui vous suit, à partir de l’interrogatoire et de l’examen.

Ferritine et chute de cheveux : le paramètre le plus important et le plus discuté
La ferritine est le paramètre isolé le plus informatif en cas de chute diffuse, car une carence en fer peut toucher les cheveux avant même l’apparition d’une anémie. La ferritine est la protéine de stockage du fer, et la ferritine sérique indique le niveau de remplissage des réserves. Lorsque les réserves sont vides sans anémie, l’hémoglobine est encore normale : un hémogramme seul reste donc sans particularité.
Le mécanisme est facile à comprendre. Les follicules pileux comptent parmi les tissus à renouvellement le plus rapide de l’organisme. Des réserves de fer vides font basculer prématurément les follicules en phase télogène ; il en résulte un effluvium télogène, c’est-à-dire une chute diffuse sur tout le crâne. Le lien entre les phases est détaillé dans l’article sur le cycle capillaire .
La question de la « bonne » valeur de ferritine devient vite confuse : mieux vaut être précis ici. Les références de laboratoire ne définissent souvent une carence en fer qu’en dessous d’environ 15 à 30 µg/l, selon le laboratoire ; une valeur inférieure à 15 µg/l est considérée comme hautement spécifique d’une carence en fer, à condition que la CRP soit normale. C’est la partie bien établie.
Le reste est discuté. Dans le débat spécialisé, une zone cible plus élevée d’environ 40 à 70 µg/l est avancée pour les cheveux, notamment par Rushton (2002) et par Trost, Bergfeld et Calogeras (2006), étant entendu qu’un apport en fer ne se fait qu’après carence démontrée et sur prescription médicale, car un excès de fer dans l’organisme peut provoquer des lésions d’organes et masquer une hémochromatose. À l’inverse, des travaux contrôlés comme ceux d’Olsen et de ses collègues (2010, Journal of the American Academy of Dermatology) n’ont pas trouvé de proportion accrue de carence en fer chez les femmes présentant une alopécie androgénétique ou un effluvium télogène chronique, comparées aux témoins.
Ces chiffres doivent être replacés dans leur contexte : les 40 à 70 µg/l sont les positions d’auteurs isolés, souvent spécialisés en trichologie, et non une recommandation officielle. Aucune recommandation de bonne pratique ne fixe de valeur cible de ferritine pour les cheveux. Des cliniques capillaires commerciales citent ce chiffre depuis plus de vingt ans comme un consensus, alors qu’il remonte en réalité à un seul travail.
S’y ajoute un facteur d’interférence souvent négligé au quotidien. La ferritine est une protéine de la phase aiguë, c’est-à-dire une protéine dont le taux sanguin augmente en cas d’inflammation. En cas d’infection, d’inflammation ou de maladie du foie, la valeur ressort donc faussement élevée. Une ferritine à 60 µg/l avec une CRP à 12 mg/l peut masquer une véritable carence : c’est pourquoi la CRP est toujours dosée en même temps.
| Valeur de ferritine | Ce que cela peut signifier | Démarche médicale habituelle |
|---|---|---|
| en dessous de 15 µg/l | Avec une spécificité élevée, une carence en fer, à condition que la CRP soit normale | Bilan martial complémentaire et recherche de la cause des pertes |
| 15 à 30 µg/l | Limite basse à normale basse, encore formellement dans les valeurs de référence selon le laboratoire | À situer dans le tableau d’ensemble ; dans le débat spécialisé, cette zone est parfois jugée insuffisante pour les cheveux |
| environ 30 à 70 µg/l | Considérée comme normale par la plupart des laboratoires ; quelques auteurs (Rushton 2002, Trost et al. 2006) la discutent comme sous-optimale pour la pousse des cheveux | Surveillance de l’évolution, pas de supplémentation systématique sans carence démontrée |
| au-dessus de 70 µg/l | Citée comme zone cible favorable par des auteurs spécialisés en trichologie, sans confirmation homogène par des études contrôlées (cf. Olsen et al. 2010) ; peut aussi être faussement élevée en cas d’inflammation | Aucune décision à partir du seul chiffre : la CRP et le tableau clinique sont interprétés en même temps |

Ce que montre la pratique
L’erreur la plus fréquente en consultation n’est pas de mesurer trop peu. C’est de classer « normale » une ferritine située à la limite basse des valeurs de référence, alors qu’il existe en même temps un profil héréditaire. La composante diffuse passe alors inaperçue, et les personnes concernées expliquent la chute persistante par la seule génétique. Regarder les deux ensemble, la valeur et le profil, apporte en général plus que n’importe quel paramètre supplémentaire.
Ce qui découle d’une valeur basse relève de la consultation médicale et non d’une automédication. L’article approfondi sur la carence en fer et la chute de cheveux explique les symptômes, les groupes à risque et l’évolution après une supplémentation, c’est-à-dire après la correction ciblée d’une carence démontrée.
Hémogramme et chute de cheveux : ce qu’il contient et ce qui manque
Un hémogramme complet comprend la numération, c’est-à-dire les globules rouges et blancs, l’hémoglobine, l’hématocrite, les plaquettes et les indices érythrocytaires, ainsi que la formule leucocytaire, c’est-à-dire la répartition détaillée des globules blancs. La ferritine, la TSH, la 25-OH-vitamine D et le zinc ne figurent dans aucun des deux types d’hémogramme. En cas de chute de cheveux, se contenter d’un hémogramme complet, c’est justement passer à côté des paramètres pertinents pour les cheveux.
| Examen | Ce qui est inclus | Ce qui n’est pas inclus |
|---|---|---|
| Numération sanguine simple | Globules rouges, nombre total de globules blancs, plaquettes, hémoglobine, hématocrite et les indices érythrocytaires VGM, TCMH, CCMH | Ferritine, CRP, TSH, 25-OH-vitamine D, zinc, vitamine B12 |
| Hémogramme complet avec formule | Tout ce que contient la numération simple, plus la formule leucocytaire, c’est-à-dire la répartition des globules blancs en neutrophiles, lymphocytes, monocytes, éosinophiles et basophiles | La ferritine, la TSH, la 25-OH-vitamine D, le zinc et tous les dosages hormonaux doivent être demandés séparément |
Ce n’est pas un argument contre l’hémogramme, il rend simplement un autre service. Il détecte une anémie, et le volume globulaire moyen (VGM) donne une direction : de petites cellules évoquent une carence en fer, de grandes cellules une carence en vitamine B12 ou en folates. Il fournit en outre des indices d’inflammation et de maladies hématologiques qui appellent un bilan plus poussé.
D’où le repère pratique pour la consultation : ne demandez pas globalement « une numération formule sanguine », décrivez vos symptômes et nommez les paramètres qui vous intéressent. La ferritine, la TSH, la 25-OH-vitamine D et le zinc doivent être demandés séparément, car ils ne figurent automatiquement dans aucun des deux types d’hémogramme.

Thyroïde et chute de cheveux : la TSH et les cas où elle ne suffit pas
La TSH est le paramètre de base de l’exploration thyroïdienne, et aussi bien une hypothyroïdie qu’une hyperthyroïdie peut provoquer une chute diffuse, car les hormones thyroïdiennes T3 et T4 participent à la régulation du cycle capillaire. La TSH est elle-même l’hormone par laquelle l’hypophyse commande la thyroïde. Si la TSH est anormale ou la suspicion clinique forte, on complète par T3L, T4L et anticorps anti-TPO.
L’intervalle de référence chez l’adulte est souvent résumé à environ 0,4 à 4,0 mUI/l, la limite supérieure se situant selon le laboratoire entre 3,5 et 5,0 mUI/l. Un seuil de 2,5 mUI/l est discuté dans une partie de la littérature pour repérer une fonction normale basse. Ce n’est pas une frontière diagnostique stricte, et une TSH limite sans autre signe ne constitue pas un diagnostic.
Pour la pratique de ville, la Haute Autorité de Santé a publié une recommandation sur la prise en charge des hypothyroïdies chez l’adulte. La fréquence exacte de l’hypothyroïdie fruste, c’est-à-dire infraclinique, est difficile à chiffrer ; les études transversales donnent des ordres de grandeur très variables, globalement entre 3 et 16 pour cent, plus souvent chez les femmes et à un âge avancé.
Les anticorps anti-TPO signalent une thyroïdite auto-immune de type Hashimoto, la cause la plus fréquente d’hypothyroïdie. Une distinction s’impose ici : la thyroïdite de Hashimoto s’inscrit dans un ensemble auto-immun et s’associe plus souvent à la pelade , l’alopecia areata. Il s’agit d’une chute par plaques et non d’une chute diffuse ; sa prise en charge relève du dermatologue et suit les recommandations dermatologiques en vigueur, comme l’information de référence de la Société Française de Dermatologie.
Un facteur d’interférence touche justement les paramètres dont il est question ici : la biotine à forte dose, contenue dans les compléments pour cheveux et ongles, fausse les dosages immunologiques du laboratoire, dont les paramètres thyroïdiens. Nous y revenons plus bas, dans la section sur la préparation. Ce qui suit une valeur anormale est expliqué dans l’article sur la chute de cheveux et la thyroïde .
Vitamine D, zinc, B12 et folates : les paramètres nutritionnels au laboratoire
Les paramètres nutritionnels pertinents pour les cheveux s’appellent au laboratoire 25-OH-vitamine D, zinc, vitamine B12 ou holo-transcobalamine, et folates. Ici, c’est le nom exact du paramètre qui fait la valeur de l’information. On mesure la 25-OH-vitamine D, et non la « vitamine D3 ». Pour la vitamine B12, l’holo-transcobalamine, c’est-à-dire la fraction liée à la transcobalamine et donc disponible pour les cellules, est plus informative que la B12 totale. Le zinc se dose dans le sérum ou sur sang total et varie au cours de la journée.
Pour la vitamine D, la classification de l’Institute of Medicine sert de repère international : à partir de 20 ng/ml (50 nmol/l) l’apport est suffisant, entre 12 et 20 ng/ml (30 à 50 nmol/l) il est sous-optimal, en dessous de 12 ng/ml (30 nmol/l) il s’agit d’une carence. En France, l’Anses a actualisé les références nutritionnelles pour la vitamine D dans le cadre de son expertise collective. Ces seuils servent à situer un résultat, ils ne constituent pas un objectif individuel.
Le zinc se situe dans le sérum entre environ 9 et 21 µmol/l, soit 75 à 140 µg/dl selon la méthode. Comme la valeur varie au cours de la journée et baisse en cas d’inflammation, une mesure isolée se lit avec prudence. Les folates et la vitamine B12 relèvent du bilan élargi, en particulier lorsque l’hémogramme montre de grands globules rouges.
Et le niveau de preuve ? Honnêtement, il est hétérogène. Une revue parue en 2019 dans Dermatology and Therapy, signée Almohanna, Ahmed, Tsatalis et Tosti, sur le rôle des vitamines et des minéraux dans la chute de cheveux, qualifie elle-même les données de vastes et en partie contradictoires. Concrètement : une carence démontrée est corrigée de façon ciblée par le médecin, tandis qu’une prise préventive sans carence ne se justifie pas au vu de ces données.
Prendre beaucoup de compléments comporte ses propres risques. Un excès de vitamine A ou de sélénium peut provoquer une chute de cheveux, et du zinc à forte dose sur une longue période, sans compensation en cuivre, peut entraîner une carence en cuivre. Les nutriments qui jouent réellement un rôle pour les cheveux sont détaillés dans l’article sur les vitamines contre la chute de cheveux .
Analyses de sang et chute de cheveux chez la femme : bilan hormonal, cycle et pilule
Chez la femme, les analyses de sang en cas de chute de cheveux comprennent les mêmes six paramètres de base que chez l’homme : hémogramme, ferritine, CRP, TSH, 25-OH-vitamine D et zinc. Les dosages hormonaux supplémentaires relèvent d’une décision médicale et sont prescrits lorsque s’y ajoutent des signes comme des troubles du cycle, une pilosité faciale accrue, de l’acné ou une infertilité. Entrent alors en jeu la testostérone, la SHBG, le SDHA et la prolactine ; le choix dépend du tableau clinique.
Pour ces paramètres, le moment compte plus que la liste. Les androgènes et les gonadotrophines varient au cours du cycle, et la testostérone suit en plus un rythme circadien, avec un maximum vers 8 heures du matin. Les médecins programment donc le prélèvement le plus souvent en phase folliculaire précoce, entre le 2e et le 5e jour du cycle, et le matin. C’est à cette condition que les valeurs deviennent comparables.
La pilule est ici un véritable facteur d’interférence. L’éthinylestradiol augmente la production hépatique de SHBG, et comme seule la testostérone libre, non liée à la SHBG, est biologiquement active, les taux d’androgènes sont difficilement interprétables sous contraception hormonale. La littérature spécialisée recommande de doser aussi la SHBG et de calculer l’index d’androgènes libres, plutôt que de ne regarder que la testostérone totale.
Il n’en découle surtout pas qu’il faille arrêter la pilule de sa propre initiative avant une analyse de sang. Décider si et quand une pause est possible revient au médecin qui suit la patiente, car un arrêt peut lui-même provoquer une chute diffuse passagère. Ce phénomène est connu sous le nom d’effluvium post-pilule ; il n’existe pas de chiffres de fréquence fiables à ce sujet.
Les périodes de la vie déplacent les priorités. Après un accouchement, c’est l’effluvium du post-partum qui domine, et il vaut la peine de regarder la ferritine après les pertes de sang de l’accouchement. À la ménopause , modification hormonale et statut en fer se superposent. Le lien plus général entre hormones et cheveux fait l’objet d’un article distinct.
Un point pour finir cette section : une suspicion de syndrome des ovaires polykystiques ne se tranche pas avec un pack hormonal commandé en ligne. Cela suppose un interrogatoire, une échographie et la synthèse médicale des résultats, habituellement en consultation de gynécologie. Un seul résultat élevé, sans ce contexte, égare plus qu’il n’aide.
Déroulé : comment obtenir une analyse de sang utile
L’ordonnance peut venir du médecin traitant comme du dermatologue ; pour les paramètres de base, le médecin traitant est en général la voie la plus rapide, le prélèvement se faisant ensuite au laboratoire de biologie médicale. Pour les paramètres pertinents pour les cheveux, il n’est pas nécessaire d’être à jeun ; le jeûne s’impose surtout pour la glycémie et le bilan lipidique. L’essentiel est de décrire vos symptômes et de nommer les paramètres souhaités.
Facteur d’interférence biotine : mettre les compléments capillaires en pause avant l’analyse
La biotine à forte dose contenue dans les compléments pour cheveux et ongles fausse les dosages immunologiques du laboratoire, et donc précisément les paramètres thyroïdiens que l’on mesure en cas de chute de cheveux. L’agence américaine du médicament, la FDA, a publié à ce sujet une alerte de sécurité le 28 novembre 2017, actualisée en novembre 2019 : sont concernés notamment les paramètres thyroïdiens et la troponine, marqueur de l’infarctus du myocarde ; un décès a été signalé en lien avec une telle interférence.
Combien de temps avant ? Cela dépend de la dose. Les sources de biologie médicale considèrent les multivitamines faiblement dosées, de 30 à 60 µg de biotine par jour, comme sans incidence ; pour les 5 à 10 mg par jour habituels dans les compléments capillaires, elles recommandent un délai d’au moins huit heures, et d’au moins trois jours pour les fortes doses thérapeutiques au-delà de 10 mg.
L’essentiel sur la pause de biotine
Mettre les compléments capillaires, la biotine et les préparations combinées en pause plusieurs jours avant le prélèvement, et signaler activement leur prise, y compris la dernière dose. Cela ne coûte rien et évite une TSH faussée, qui conduirait sinon à une mauvaise interprétation ou à une répétition inutile. Pour les produits prescrits, demandez au préalable à votre médecin si une pause est indiquée et pour combien de temps.

Bien préparer la consultation
Cette liste est une aide à la préparation, pas un bon de commande. Les paramètres à doser sont décidés par le médecin, et bien décrire vos symptômes apporte davantage que réclamer des analyses.
1. Ma situation en trois lignes
- ✓Depuis quand les cheveux tombent-ils davantage, et comment cela a-t-il commencé
- ✓Diffus sur tout le crâne ou sous forme de profil au front, aux tempes et au vertex
- ✓Symptômes associés et événements des quatre derniers mois (infection, intervention chirurgicale, régime, accouchement, nouveau médicament)
2. Paramètres qui font souvent partie du bilan de base en cas de chute diffuse
- ✓Hémogramme avec formule leucocytaire
- ✓Ferritine
- ✓CRP
- ✓TSH
- ✓25-OH-vitamine D
- ✓Zinc
3. Uniquement après évaluation médicale
- ✓Paramètres élargis comme T3L, T4L, anticorps anti-TPO, B12, folates, coefficient de saturation de la transferrine
- ✓Dosages hormonaux comme la testostérone, la SHBG, le SDHA ou la prolactine, chez la femme programmés en plus selon le cycle
4. Préparation
- ✓Mettre les compléments capillaires et les produits à base de biotine en pause plusieurs jours avant, et signaler leur prise lors du rendez-vous
- ✓Pas de prélèvement pendant une infection aiguë, sinon la CRP et la ferritine sont faussées
- ✓Si des dosages hormonaux sont prévus, convenir du jour du cycle avec le cabinet
- ✓Apporter la liste de tous les médicaments et compléments alimentaires, et ne pas arrêter la pilule de sa propre initiative
- ✓À jeun uniquement si le cabinet ou le laboratoire le demande expressément (par exemple pour la glycémie ou le bilan lipidique)
Proposition de formulation pour commencer
« Je perds nettement plus de cheveux depuis environ quatre mois, de façon uniforme sur tout le crâne. J’aimerais faire rechercher une cause que l’on peut traiter, par exemple le fer ou la thyroïde. »
Les autotests et les laboratoires en ligne sont techniquement une option, et pour certaines personnes une première porte d’entrée. Sans interprétation médicale, un résultat reste toutefois un chiffre sans conséquence, et les facteurs d’interférence habituels, comme une CRP élevée ou une prise de biotine, sont souvent oubliés. Qui choisit cette voie devrait ensuite faire commenter son compte rendu par un médecin.
Qui commente les résultats avec moi, le médecin traitant ou le dermatologue ?
Le compte rendu est expliqué par celui qui l’a prescrit. La mise en relation entre valeur de laboratoire et aspect des cheveux revient en général au dermatologue, car il examine en plus le cuir chevelu et le profil de la chute. Les deux se complètent, et aucune des deux voies n’est la mauvaise.
Un conseil pratique : apportez une copie du compte rendu au prochain rendez-vous. Cela évite que les mêmes paramètres soient dosés deux fois coup sur coup et rend l’évolution visible. Qui joue quel rôle dans le bilan est expliqué dans l’article chute de cheveux : quel médecin consulter.

L’analyse de sang en cas de chute de cheveux est-elle prise en charge ?
Lorsqu’il existe une raison médicale, le bilan de base prescrit par un médecin est en principe pris en charge ; ce qui compte est l’indication, pas le paramètre isolé. L’examen doit donc avoir un motif, issu des symptômes et de l’examen clinique. Les analyses demandées à la seule initiative du patient, sans indication médicale, restent en règle générale à sa charge.
La limite ne tient pas à une liste figée, mais à l’indication. En pratique, l’hémogramme, la ferritine et la TSH sont prescrits dans le cadre du parcours de soins devant une chute diffuse justifiée. Les bilans vitaminiques ou hormonaux étendus, sans suspicion clinique précise, sont fréquemment à la charge du patient ; des laboratoires privés proposent d’ailleurs des « bilans capillaires » en libre accès.
Il vaut donc la peine de commencer l’échange par le motif plutôt que par une liste de commandes : depuis quand, avec quelle intensité, diffus ou en profil, quels symptômes associés, quels événements au cours des quatre derniers mois. C’est précisément cela qui justifie la prescription. Nous ne citons volontairement pas de prix ici, faute de source fiable et actuelle pour un cas individuel.
Un second point revient souvent : le traitement de l’alopécie androgénétique n’est en règle générale pas pris en charge. Dans de nombreux systèmes de santé, il est considéré comme relevant du confort et de l’esthétique, et les produits correspondants, comme le minoxidil ou le finastéride, restent à la charge du patient. L’étendue de la prise en charge se vérifie auprès de votre caisse d’assurance maladie et de votre complémentaire santé.
Bien lire ses analyses : les valeurs de référence ne sont pas des valeurs optimales
Un intervalle de référence décrit les valeurs que l’on retrouve chez les 95 pour cent centraux d’une population de comparaison en bonne santé. C’est une dispersion statistique, pas un objectif individuel. Une valeur peut donc être « dans la norme » et rester trop basse pour vos cheveux, en particulier à la limite inférieure de la zone de ferritine. Cela explique une grande partie de la confusion entre la consultation et les recherches sur internet.
Deuxièmement, les intervalles de référence dépendent de la méthode et du laboratoire. Il n’existe pas d’intervalle universel, ni pour la vitamine D, ni pour le zinc, ni pour la TSH. Les comparaisons entre deux laboratoires, ou avec des chiffres trouvés sur internet, sont donc régulièrement trompeuses. Ce qui fait foi, c’est l’intervalle indiqué à côté de la valeur sur votre propre compte rendu.
Troisièmement, une valeur isolée est un instantané. Une évolution sur plusieurs mois en dit plus qu’une mesure unique, justement pour la ferritine et la TSH.
Décoder son compte rendu : les abréviations du laboratoire
Le tableau suivant traduit les abréviations courantes de votre compte rendu, de l’Hb au VGM en passant par les anti-TPO, et indique pour chaque sigle son lien avec les cheveux. C’est un lexique et non une interprétation : ce que signifie une valeur précise dans votre cas relève de la consultation médicale.
| Sur le compte rendu | De quoi il s’agit | Le lien avec les cheveux |
|---|---|---|
| Hb (hémoglobine) | Pigment rouge du sang, il transporte l’oxygène | Une Hb normale n’exclut pas une carence en fer |
| Ht (hématocrite) | Part des cellules dans le volume sanguin | Complète l’appréciation d’une anémie |
| VGM (volume globulaire moyen) | Volume moyen des globules rouges | De petites cellules peuvent évoquer une carence en fer, de grandes une carence en B12 ou en folates |
| GR (globules rouges) | Globules rouges, ou hématies | Font partie du bilan d’une anémie |
| GB (globules blancs) | Globules blancs, ou leucocytes | Peuvent signaler une inflammation, qui modifie la ferritine |
| Plaquettes (thrombocytes) | Plaquettes intervenant dans la coagulation | Sans lien direct avec les cheveux, font partie de l’appréciation générale |
| Ferritine | Protéine de stockage du fer | Le paramètre isolé le plus important en cas de chute diffuse |
| CST (coefficient de saturation de la transferrine) | Part de la protéine de transport chargée en fer | Peut révéler une carence martiale fonctionnelle malgré une ferritine normale |
| CRP (protéine C réactive) | Protéine de la phase aiguë, marqueur d’inflammation | Une CRP élevée peut faire paraître la ferritine plus haute qu’elle ne l’est |
| TSH | Hormone de commande de la thyroïde | Des valeurs anormales peuvent s’accompagner d’une chute diffuse |
| T3L et T4L | Hormones thyroïdiennes libres | Elles montrent à quel point la thyroïde travaille réellement |
| Anti-TPO | Anticorps dirigés contre la thyroperoxydase | Élément en faveur d’une thyroïdite de Hashimoto |
| 25-OH-D | Forme de réserve de la vitamine D dans le sang | Une carence est prise en compte en cas de chute diffuse |
| Zn (zinc) | Oligoélément, dosé dans le sérum ou sur sang total | Une carence peut contribuer à une chute diffuse |
| Vit. B12 / holo-TC | Vitamine B12 totale ou fraction disponible pour les cellules | Une carence peut toucher la formation du sang et la pousse des cheveux |
| Folates (vitamine B9) | Folates sériques | S’interprètent avec la B12 |
| Testostérone totale | Androgène, majoritairement lié aux protéines | Chez la femme, fait partie de la recherche d’une cause hormonale |
| SHBG | Protéine de transport des hormones sexuelles | Influence la quantité de testostérone libre active |
| SDHA (sulfate de DHEA) | Androgène produit par la corticosurrénale | Peut indiquer une source d’androgènes en dehors des ovaires |
| Prolactine | Hormone de l’hypophyse | Des valeurs anormales doivent être explorées médicalement |
| HbA1c | Valeur au long cours de la glycémie | Fait partie du bilan en cas de suspicion de syndrome des ovaires polykystiques |
Toutes les analyses sont normales et les cheveux tombent quand même : les étapes suivantes
Des analyses normales sont un résultat et non un échec : elles écartent les causes corrigeables les plus fréquentes et déplacent la question vers le profil de la chute. L’étape suivante n’est alors pas un nouveau tour de laboratoire, mais l’examen dermatologique du cuir chevelu. Quatre explications couvrent la majeure partie de ces situations.
Profil au front, aux tempes ou au vertex, laboratoire normal
Explication probable : une alopécie androgénétique, qui ne se voit pas dans le sang. Étape suivante : examen dermatologique avec trichoscopie et documentation photographique, plutôt que de nouvelles analyses. Un panorama des différentes formes est proposé dans l’article sur les causes de la chute de cheveux.
Chute diffuse, mais toutes les valeurs normales
Explication probable : le déclencheur est ancien. Un effluvium télogène débute deux à quatre mois après l’événement, et la valeur peut s’être normalisée bien avant la mesure. Étape suivante : surveiller l’évolution, car cette forme est le plus souvent spontanément résolutive.
Une valeur est à la limite basse, mais n’a pas été commentée
Explication probable : le résultat était formellement normal, mais les cheveux n’étaient pas le sujet de la consultation. Cela concerne le plus souvent la ferritine. Étape suivante : contrôler la valeur dans le temps et l’aborder explicitement en lien avec la chute de cheveux.
Plaques dégarnies, démangeaisons, douleur ou rougeur du cuir chevelu
Explication probable : une forme que l’on voit au lieu de la mesurer, par exemple une pelade, une alopécie cicatricielle ou une alopécie de traction. Étape suivante : consulter rapidement un dermatologue, avec biopsie du cuir chevelu en cas de doute.
Ce que fait alors le médecin n’est pas une esquive, mais l’étape diagnostique suivante. La trichoscopie est une microscopie numérique du cuir chevelu en lumière incidente, qui permet d’apprécier le diamètre des cheveux, les ouvertures folliculaires et les signes d’inflammation. S’y ajoutent le test de traction, une documentation photographique standardisée pour le suivi et, en cas de doute, une biopsie du cuir chevelu.
Une question revient presque toujours : peut-on mesurer le stress dans le sang ? Il n’existe pas de « valeur du stress » qui permettrait d’expliquer une chute de cheveux. Le cortisol n’est pas un paramètre de routine du bilan capillaire et n’est dosé qu’en cas de suspicion endocrinologique précise. Il n’apparaît pas dans les bilans sanguins courants de la chute de cheveux. Savoir si la quantité de cheveux que vous perdez est réellement inhabituelle est expliqué dans l’article sur la chute de cheveux importante .

Combien de temps faut-il pour que les cheveux repoussent après la correction ?
Après la correction d’une carence démontrée, la chute diminue typiquement en trois à six mois ; la récupération esthétique complète peut demander 12 à 18 mois. La raison en est le cycle capillaire : les follicules déjà en phase de repos perdent encore leur cheveu avant que de nouveaux ne poussent. Ce décalage relève de la biologie, il n’est pas le signe d’un échec du traitement.
| Période | Ce qui se passe pendant cette période |
|---|---|
| Mois 1 à 2 | Le traitement suivi médicalement ramène la valeur anormale dans la zone cible. La chute se poursuit le plus souvent, car les cheveux concernés sont déjà en phase de repos. |
| Mois 3 à 4 | La chute télogène diminue, les follicules repassent en phase de croissance (anagène). |
| Mois 5 à 6 | La chute recule nettement, les premiers cheveux courts deviennent visibles à la racine. |
| Mois 6 à 12 | Les nouveaux cheveux continuent de pousser ; on peut progressivement juger de la densité. |
| Mois 12 à 18 | La récupération esthétique complète est atteinte, à condition qu’il n’existe pas d’autre cause. |
Cette chronologie est un repère et non un programme. Elle se déduit de la durée des phases du cycle capillaire et de l’évolution décrite de l’effluvium télogène. La rapidité au cas par cas dépend de la valeur de départ, de la sévérité de la carence et de l’existence éventuelle d’une alopécie androgénétique associée, qui elle ne répond pas à une correction nutritionnelle.

Diffus ou héréditaire : ce que la distinction change en pratique
La distinction détermine le traitement. Une chute diffuse sur tout le crâne oriente vers une cause acquise et se traite à la source, par exemple par la supplémentation d’une carence démontrée ou l’équilibrage de la thyroïde. Un profil au front, aux tempes et au vertex oriente vers la forme héréditaire, la seule qui relève à long terme d’un traitement capillaire ou d’une greffe de cheveux. Les deux coexistent fréquemment.
Si vous ne savez pas quel tableau est le vôtre, l’analyse capillaire gratuite d’Elithair donne une première appréciation du profil visible et de ce qui pourrait entrer en ligne de compte. C’est une orientation et non un diagnostic médical, et elle ne remplace pas le bilan dermatologique. Avant tout traitement, Elithair prévoit en plus une analyse de sang à la recherche de la cause : si elle montre qu’une carence ou une cause hormonale entretient la perte de cheveux, c’est cette cause qui est traitée en premier, et il n’y a pas de greffe. C’est la raison pour laquelle nous refusons une part importante des demandes.
Questions fréquentes sur les analyses de sang en cas de chute de cheveux
Quelles analyses de sang faire en cas de chute de cheveux ?
Un bilan de base de six paramètres est pertinent : hémogramme avec formule leucocytaire, ferritine, CRP, TSH, 25-OH-vitamine D et zinc. Cette combinaison couvre la carence en fer, l’anémie, l’inflammation, la fonction thyroïdienne et les déficits nutritionnels les plus fréquents. Si la chute diffuse persiste malgré des valeurs normales, des paramètres élargis s’y ajoutent, comme T3L, T4L, les anticorps anti-TPO, la B12 ou le coefficient de saturation de la transferrine.
La ferritine fait-elle partie d’un hémogramme complet ?
Non. Un hémogramme complet se compose de la numération et de la formule leucocytaire. La ferritine, la TSH, la 25-OH-vitamine D et le zinc n’y figurent pas et doivent être demandés séparément. L’hémogramme ne fournit tout au plus qu’un indice indirect, via le VGM : de petits globules rouges peuvent évoquer une carence en fer.
Quelle valeur de ferritine compte pour les cheveux ?
Il n’existe pas de valeur cible établie pour les cheveux. Les références de laboratoire définissent une carence en fer le plus souvent en dessous de 15 à 30 µg/l. Dans le débat spécialisé, 40 à 70 µg/l sont avancés pour les cheveux (Rushton 2002, Trost et al. 2006) ; des travaux contrôlés comme Olsen et al. 2010 contredisent cette position. Un apport en fer n’est prescrit par le médecin qu’en cas de carence démontrée.
Peut-on mettre en évidence l’alopécie androgénétique dans le sang, et est-il utile de faire doser la DHT ou la testostérone ?
Non. L’alopécie androgénétique repose sur la sensibilité des follicules à la DHT, et non sur des taux hormonaux élevés ; les hommes concernés ont en règle générale des taux de testostérone et de DHT normaux. Le diagnostic repose sur l’examen du profil et du cuir chevelu. Chez la femme, les androgènes sont dosés dans un autre but : rechercher une maladie hormonale sous-jacente.
Faut-il être à jeun pour l’analyse, et faut-il arrêter les compléments capillaires avant ?
Pour la ferritine, la TSH, la vitamine D, le zinc et la B12, le jeûne n’est en règle générale pas nécessaire, contrairement à la glycémie et au bilan lipidique. En revanche, les sources de biologie médicale recommandent expressément de mettre en pause les compléments capillaires contenant de la biotine à forte dose : au moins huit heures pour 5 à 10 mg par jour, au moins trois jours au-delà de 10 mg. La FDA a alerté en 2017 sur des paramètres thyroïdiens et de troponine faussés.
Quelles analyses en cas de chute diffuse chez la femme, et à quel moment les faire ?
La base est la même que chez l’homme : hémogramme, ferritine, CRP, TSH, 25-OH-vitamine D et zinc. Les dosages hormonaux ne s’ajoutent qu’en présence de signes évocateurs et sont programmés par le médecin, le plus souvent en phase folliculaire précoce, entre le 2e et le 5e jour du cycle, et le matin, car la testostérone atteint son maximum vers 8 heures. Sous pilule, les taux d’androgènes ne sont interprétables que de façon limitée.
L’analyse de sang en cas de chute de cheveux est-elle prise en charge ?
Lorsqu’il existe une raison médicale, le bilan de base prescrit est en principe pris en charge ; ce qui compte est l’indication. L’hémogramme, la ferritine et la TSH sont le plus souvent prescrits devant une chute diffuse justifiée, tandis que les bilans vitaminiques et hormonaux étendus, sans suspicion, restent fréquemment à la charge du patient. Le traitement de l’alopécie androgénétique, considéré comme relevant du confort, n’est en règle générale pas remboursé.

Toutes mes analyses sont normales, pourquoi mes cheveux tombent-ils quand même ?
Le plus souvent, la cause ne se voit tout simplement pas dans le sang. Quatre explications couvrent la majeure partie de ces situations : une alopécie androgénétique, qui ne se montre pas dans le sang ; un déclencheur ancien dont la valeur s’est normalisée depuis longtemps, parce que la chute ne commence que deux à quatre mois plus tard ; une valeur à la limite basse classée comme normale ; ou une forme que l’on voit au lieu de la mesurer. L’étape suivante est la trichoscopie.
Combien de temps faut-il pour que les cheveux repoussent après la correction d’une carence ?
Après la correction, la chute diminue typiquement en trois à six mois, et la récupération esthétique complète peut demander 12 à 18 mois. La raison en est le cycle capillaire : les cheveux en phase de repos tombent encore avant que de nouveaux ne poussent. Les premiers cheveux courts apparaissent le plus souvent à partir du cinquième ou du sixième mois.
Qui commente les résultats avec moi, le médecin traitant ou le dermatologue ?
Le compte rendu est expliqué par celui qui l’a prescrit. La mise en relation entre valeur de laboratoire et aspect des cheveux revient le plus souvent au dermatologue, car il examine en plus le cuir chevelu et le profil. Apportez une copie du compte rendu : les mêmes paramètres ne seront pas dosés deux fois et l’évolution devient visible.
Sources scientifiques
- Trost LB, Bergfeld WF, Calogeras E (2006) : The diagnosis and treatment of iron deficiency and its potential relationship to hair loss. J Am Acad Dermatol. ScienceDirect
- Rushton DH (2002) : Nutritional factors and hair loss. Clin Exp Dermatol. Wiley Online Library
- Olsen EA, Reed KB, Cacchio PB, Caudill L (2010) : Iron deficiency in female pattern hair loss, chronic telogen effluvium, and control groups. J Am Acad Dermatol. JAAD
- Almohanna HM, Ahmed AA, Tsatalis JP, Tosti A (2019) : The Role of Vitamins and Minerals in Hair Loss: A Review. Dermatol Ther (Heidelb) 9(1):51-70. Springer
- Haute Autorité de Santé : recommandation « Prise en charge des hypothyroïdies chez l’adulte ». HAS
- Société Française de Dermatologie : information de référence sur l’alopécie et ses différentes formes. dermato-info
- Anses : actualisation des repères du Programme national nutrition santé, élaboration des références nutritionnelles. Rapport d’expertise collective , Anses. Anses
- FDA Safety Communication (28.11.2017, actualisée en 2019) : The FDA warns that biotin may interfere with lab tests. Résumé de l’American Society of Anesthesiologists
- Haute Autorité de Santé : la HAS ne reconnaît pas d’utilité au dosage de la vitamine D en routine. HAS
- Prise en charge : les traitements de l’alopécie androgénétique sont considérés comme relevant du confort et restent en règle générale à la charge du patient. à vérifier auprès de votre caisse d’assurance maladie et de votre complémentaire santé
- Hormonanalytik: was der Frauenarzt wissen muss (2018). Der Gynäkologe, Springer. Springer
Recherche arrêtée en août 2026. Cet article explique la biologie médicale en termes accessibles et ne remplace ni un examen, ni un avis médical, ni l’interprétation d’un compte rendu par un médecin.

Dr. Imad Moustafa
Médecin en greffe capillaire