Homme musclé tenant une dose de créatine en poudre et regardant ses cheveux avec inquiétude

La créatine provoque-t-elle la chute de cheveux ? Ce que dit la science

Vous vous entraînez sérieusement depuis des mois, vous prenez votre créatine tous les jours, et un matin vous retrouvez plus de cheveux que d’habitude au fond de la douche. La première pensée surgit presque d’elle-même : et si c’était la créatine ? Cette inquiétude, des milliers d’hommes passionnés de fitness la partagent, et elle a une origine bien précise. Une seule étude de 2009, menée sur vingt joueurs de rugby, a lancé un mythe qui circule encore aujourd’hui sur Reddit, dans les vidéos YouTube et sur les forums de musculation.

En face, on trouve aujourd’hui plus de quinze ans de recherche qui n’ont jamais réussi à reproduire ce résultat isolé. Et depuis 2025, il existe pour la première fois une étude qui n’a pas seulement mesuré les taux hormonaux, mais les follicules pileux eux-mêmes. C’est précisément cette contradiction que nous démêlons ici : nous passons en revue l’ensemble des données pertinentes, nous expliquons le mécanisme à l’origine de la chute de cheveux héréditaire, et nous disons clairement qui doit vraiment rester prudent et qui peut se rassurer.

L’essentiel en clair : qu’en sait-on aujourd’hui ?

  • Pour les hommes sans prédisposition génétique à la chute de cheveux héréditaire, la créatine est considérée comme sûre au vu des données actuelles. Il n’existe aucune preuve convaincante qu’elle coûte des cheveux.
  • Pour les hommes ayant une chute de cheveux d’origine familiale, une incertitude résiduelle théorique demeure. Une ancienne étude a montré une hausse de la DHT, qui n’a toutefois jamais été confirmée.
  • Le premier véritable essai randomisé contrôlé portant sur les cheveux, en 2025, n’a trouvé sur douze semaines ni hausse de la DHT ni modification de la densité capillaire.
  • Toute personne déjà touchée par une chute de cheveux héréditaire et souhaitant prendre de la créatine reste du côté sûr avec un inhibiteur de la 5-alpha-réductase comme le finastéride, en guise de protection contre la DHT.

Si vous perdez déjà vos cheveux, la cause n’est très probablement pas la créatine, mais une prédisposition héréditaire. Dans le doute, faites évaluer votre situation capillaire par un spécialiste avant d’arrêter vos compléments sur un coup de panique.

Qu’est-ce que la créatine au juste, et comment agit-elle ?

La créatine n’est pas une molécule exotique sortie d’un laboratoire, mais une substance que le corps produit lui-même. Votre foie, vos reins et votre pancréas en fabriquent chaque jour un à deux grammes environ, à partir de trois acides aminés : l’arginine, la glycine et la méthionine. À cela s’ajoute la créatine apportée par l’alimentation, surtout la viande et le poisson. Quand on mange de tout, on en absorbe ainsi un à deux grammes de plus par jour. Les végétariens et les végétaliens ont donc, par nature, des réserves plus basses.

Dans le muscle, la créatine est stockée sous forme de phosphocréatine. Lors d’un effort court et intense, comme une série lourde ou un sprint, cette phosphocréatine cède en un éclair le groupe phosphate qui permet de régénérer l’ATP à partir de l’ADP, autrement dit la monnaie énergétique de la cellule. Tout le secret est là : davantage d’ATP disponible pour les efforts maximaux. Aucun mécanisme hormonal n’entre en jeu.

Et c’est précisément là que la plupart des idées reçues s’effondrent. La créatine n’est ni de la testostérone, ni un stéroïde, ni une prohormone. Elle ne figure pas sur la liste des produits dopants de l’AMA. C’est le complément sportif légal le mieux étudié au monde, avec bien plus de cinq cents études à l’appui. La confusion avec les anabolisants est le véritable terreau du mythe de la chute de cheveux, et nous reviendrons en détail sur cette différence plus loin.

D’où vient le mythe selon lequel la créatine provoque la chute de cheveux

Presque toutes les mises en garde sur la créatine et la chute de cheveux remontent à une seule et même étude. En 2009, une équipe sud-africaine dirigée par Johann van der Merwe a suivi vingt joueurs de rugby universitaires dans un protocole randomisé, en double aveugle et contrôlé contre placebo. Pendant sept jours, les participants ont reçu une phase de charge de 25 grammes de créatine par jour, puis une dose d’entretien de 5 grammes pendant deux semaines.

Le résultat a fait les gros titres : après la phase de charge, la DHT dépassait de 56 pour cent la valeur de départ, et encore de 33 pour cent après la phase d’entretien. Le rapport entre la DHT et la testostérone a lui aussi nettement grimpé, de 36 et de 22 pour cent respectivement. La testostérone libre et la testostérone totale, elles, n’ont pas bougé.

La DHT, c’est-à-dire la dihydrotestostérone, passe pour le moteur central de la chute de cheveux héréditaire. Un titre comme « la créatine augmente la DHT de 56 pour cent » se propage alors tout seul. Ce qui passe presque toujours à la trappe : en valeurs absolues, le taux est passé de 0,98 à 1,26 nanomole par litre. Les deux chiffres se situent en plein milieu de l’intervalle physiologique normal. De ce seul résultat est née, au fil des années, la conviction tenace que la créatine rend chauve.

Pourquoi cette étude ne soutient pas le mythe créatine-chute de cheveux

L’étude de Van der Merwe était une piste intéressante. Elle n’a jamais constitué une réponse solide. Quand on la lit de près, on relève toute une série de faiblesses.

  • Échantillon minuscule. Vingt participants suffisent pour une première indication, pas pour une affirmation générale sur des millions d’utilisateurs de créatine.
  • Pas un seul cheveu n’a été mesuré. Il n’y a eu aucune mesure de la densité capillaire, aucun phototrichogramme, aucun comptage de follicules. Le saut de « la DHT a augmenté » à « provoque la chute de cheveux » n’est absolument pas étayé par les données.
  • Trois semaines seulement. La chute de cheveux héréditaire se développe sur des mois et des années. Trois semaines d’observation n’en disent pratiquement rien.
  • Point de départ biaisé. Le groupe créatine a démarré avec une DHT inférieure d’environ 23 pour cent à celle du groupe placebo. Une remontée vers un niveau normal paraît, en pourcentage, plus spectaculaire qu’elle ne l’est vraiment.
  • Tout dans l’intervalle normal. Les valeurs de DHT sont restées en permanence dans la plage physiologique. Il n’y a eu aucune envolée pathologique.
  • Mauvais site de mesure. On a mesuré la DHT dans le sang, pas au niveau du cuir chevelu. Or, pour la chute de cheveux héréditaire, c’est la DHT directement au contact du follicule qui compte.
  • Le facteur entraînement. La musculation lourde, en particulier les exercices polyarticulaires comme le squat ou le soulevé de terre, fait de toute façon monter brièvement la testostérone et la DHT. Chez des joueurs de rugby en pleine saison, impossible de dire nettement ce qui revient à la créatine et ce qui revient à l’entraînement.
  • Jamais reproduit. En plus de quinze ans, aucune étude de suivi n’a reproduit ce résultat sur la DHT, pas même le travail ultérieur de la même équipe en 2010.

Ce que l’étude n’a expressément pas montré

Cela vaut la peine de bien faire le tri. L’étude n’a pas montré que la créatine provoque la chute de cheveux. Elle n’a pas montré que les valeurs de DHT dépassent l’intervalle normal. Elle n’a pas montré que l’effet persiste lors d’une prise prolongée, et elle ne l’a pas non plus reproduit dans un autre groupe. Ce qu’elle a montré, c’est une hausse passagère et statistiquement notable du rapport DHT/testostérone, dans un petit groupe très particulier, sur trois semaines. Entre ce résultat et l’affirmation « la créatine rend chauve », il y a un monde.

Ce que la recherche montre depuis sur la créatine et la chute de cheveux

Après 2009, la science ne s’est pas arrêtée. Au contraire. Une grande revue d’Antonio et de ses collègues, parue en 2021, a réuni treize études sur la créatine, la testostérone et la DHT. Le verdict : dans dix études sur treize, ni la testostérone ni la DHT n’ont changé. Dans les deux restantes, on a relevé des hausses minimes, sans portée pratique. Les auteurs soulignent noir sur blanc que les données ne prouvent pas que la créatine augmente la testostérone, la testostérone libre ou la DHT, ni qu’elle déclenche une chute de cheveux. Une version actualisée de 2024 confirme cette ligne.

Dès 2007, un travail de Cribb et de ses collègues avait montré qu’une prise de créatine à court terme ne modifie en rien la réponse hormonale à la musculation, ni pour la testostérone, ni pour le cortisol, ni pour l’hormone de croissance. Pourquoi le mythe persiste-t-il alors avec autant d’obstination ? Parce qu’un chiffre alarmant marque davantage les esprits que douze études de suivi sans relief. Et parce que la chute de cheveux des hommes génétiquement prédisposés débute justement à l’âge où beaucoup se mettent à l’entraînement et à la créatine. Le raccourci est vite fait.

Créatine et chute de cheveux dans l’essai randomisé de 2025 : pour la première fois mesuré directement sur les cheveux

En 2025 est parue dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition l’étude la plus probante à ce jour sur le sujet, menée par Lak, Antonio, Tinsley et d’autres collègues. Son titre ne laisse aucune place au doute : « Does creatine cause hair loss? ». Quarante-cinq hommes expérimentés en musculation, âgés de 18 à 40 ans, ont pris pendant douze semaines soit 5 grammes de créatine monohydrate, soit 5 grammes de maltodextrine en guise de placebo. Trente-huit l’ont menée à son terme.

L’originalité tient à la mesure. Plutôt que de se contenter de doser les hormones dans le sang, les chercheurs ont examiné directement le cuir chevelu, à l’aide du système FotoFinder, un phototrichogramme combinant lumière polarisée et grossissement dermoscopique, dont les images ont été analysées par des dermatologues certifiés. Ils ont mesuré la densité capillaire, le nombre d’unités folliculaires et l’épaisseur cumulée des cheveux, ainsi que la DHT sérique et la testostérone libre et totale.

Le résultat était sans ambiguïté. Aucune différence significative du taux de DHT entre les groupes. Aucune modification du rapport DHT/testostérone. Et surtout : aucune différence de densité capillaire, de nombre de follicules ni d’épaisseur des cheveux. C’est la première étude au monde à avoir examiné le follicule pileux lui-même après une prise de créatine, plutôt que de s’en remettre aux seules hormones comme indicateur indirect.

Frise comparant les études sur la créatine et la chute de cheveux, de l'étude de 2009 à l'essai randomisé de 2025
L’évolution des données scientifiques sur la créatine et la chute de cheveux, de 2009 à 2025.

L’honnêteté impose aussi d’en nommer les limites. L’American Hair Loss Association a salué l’étude précisément pour cela, tout en pointant trois zones d’ombre : la DHT a été mesurée dans le sang, pas au niveau du cuir chevelu. Les participants n’ont pas été présélectionnés selon leur risque héréditaire. Et douze semaines, rapportées à l’évolution sur plusieurs années de la chute de cheveux héréditaire, restent une période courte. En clair : l’absence de preuve d’une chute de cheveux n’équivaut pas à un blanc-seing définitif pour les hommes génétiquement très exposés. Cela reste néanmoins la preuve la plus solide dont nous disposons à ce jour, et elle parle clairement contre le mythe.

ÉtudeAnnéeParticipantsCheveux mesurés ?Résultat
Van der Merwe et al.200920NonHausse de la DHT (dans l’intervalle normal), jamais répliquée
Van der Merwe (étude de suivi)2010petitNonRésultat sur la DHT non confirmé de manière cohérente
Antonio et al. (revue, 13 études)2021s.o.Non10 études sur 13 sans hausse de testostérone ni de DHT
Antonio et al. (mise à jour)2024s.o.NonPosition confirmée : aucun lien convaincant
Lak, Antonio, Tinsley et al.202545 (38 menés à terme)Oui (phototrichogramme)Aucune hausse de la DHT, aucune modification de la densité capillaire
Vue d’ensemble des données scientifiques sur la créatine et la chute de cheveux.

Comment la DHT déclenche réellement la chute de cheveux

Pour bien situer le risque lié à la créatine, il faut comprendre le vrai mécanisme. La chute de cheveux héréditaire, en termes médicaux l’alopécie androgénétique, se déroule en plusieurs étapes. L’enzyme 5-alpha-réductase de type 2 convertit la testostérone en DHT. Cette DHT se lie aux récepteurs aux androgènes des follicules pileux génétiquement sensibles, typiquement aux tempes et au sommet du crâne. Il s’ensuit une miniaturisation progressive : la phase de croissance du cheveu se raccourcit, les tiges pilaires s’affinent, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que de fins duvets, ou que le follicule cesse complètement de fonctionner.

Schéma de la miniaturisation du follicule pileux sous l'effet de la DHT en cas d'alopécie androgénétique
Comment la DHT déclenche la miniaturisation des follicules génétiquement sensibles.

Le point décisif tient en un mot : la prédisposition. Sans récepteurs aux androgènes génétiquement sensibles, la DHT ne déclenche aucune chute de cheveux. Voilà pourquoi deux hommes aux taux de DHT identiques peuvent réagir de façon radicalement différente. L’un garde une chevelure fournie jusqu’à un âge avancé, l’autre se dégarnit dès le milieu de la vingtaine. La différence tient à la sensibilité des follicules, déterminée génétiquement, et non à la simple quantité de DHT.

Et c’est exactement là que l’hypothèse créatine s’effondre. Il n’existe tout simplement aucune voie biochimique connue par laquelle le métabolisme énergétique de la phosphocréatine viendrait stimuler de façon notable la 5-alpha-réductase. L’idée était assez plausible pour mériter d’être testée. Elle l’a été. Elle n’a pas été confirmée. Si vous voulez approfondir le mécanisme à l’origine de la chute de cheveux héréditaire, vous en trouverez le détail dans notre article sur l’alopécie androgénétique.

Pourquoi la créatine ne peut même pas expliquer la chute de cheveux sur le plan du calendrier

Il existe un argument simple, tiré de la biologie du cheveu, qui rend la plupart des débats superflus. Le cheveu traverse des phases bien définies. Lorsqu’il entre en phase de repos, il ne tombe qu’environ trois mois plus tard. C’est le cycle télogène normal.

Il en découle une conséquence très concrète : si vous retrouvez soudain plus de cheveux au fond de la douche deux semaines après avoir commencé la créatine, il est biologiquement impossible d’attribuer cette perte à la créatine. Même si elle augmentait la DHT, la chaîne d’effets passant par le follicule mettrait des mois à se manifester, pas des jours. Dans ces cas-là, la véritable cause est presque toujours ailleurs et ne coïncide avec la créatine que par hasard. Ce lien simple, mais décisif, presque aucun autre site ne le formule.

Suis-je concerné ? Le bilan de risque en toute honnêteté

Un feu vert général serait aussi peu sérieux qu’un discours alarmiste. Votre risque personnel dépend avant tout de votre prédisposition. Le classement qui suit vous aide à vous situer de façon réaliste.

🟢
Vert : aucune prédisposition familiale.
Personne dans votre famille n’a perdu ses cheveux jeune, votre ligne frontale est stable. Là, pratiquement rien ne s’oppose à la créatine. Prenez-la sans crainte.
🟡
Jaune : premiers signes ou prédisposition dans la famille.
Votre père ou votre grand-père se sont dégarnis tôt, ou vous voyez apparaître des golfes frontaux naissants. La créatine n’est très probablement pas en cause, mais gardez un œil sur l’état de vos cheveux et faites-le vérifier dans le doute.
🔴
Rouge : chute de cheveux héréditaire visible.
Vous perdez déjà nettement vos cheveux, par exemple à partir du stade 3 de Norwood. Là, la vraie question n’est plus la créatine, mais le traitement de votre alopécie androgénétique. Arrêter la créatine n’y changera rien.

Un point important pour le groupe rouge : arrêter la créatine sur un coup de panique ne stoppe en rien une chute de cheveux héréditaire. L’alopécie androgénétique continue de progresser tant qu’elle n’est pas traitée de façon ciblée. En arrêtant, vous vous privez du complément, pas de la cause. Mieux vaut s’attaquer à la vraie cause.

Vous ne savez pas dans quel groupe vous vous situez ? Une analyse capillaire gratuite fait le point sur l’état de vos cheveux en quelques minutes, avant que vous n’arrêtiez quoi que ce soit.

Est-ce vraiment la créatine ? La checklist des facteurs de confusion

La chute de cheveux a rarement une seule cause. Dans le milieu du fitness en particulier, plusieurs facteurs se cumulent souvent, et la créatine porte le chapeau parce qu’elle est la coupable la plus évidente. Avant de soupçonner votre complément, passez cette liste en revue.

Vérifiez d’abord ces cinq points :

  • Êtes-vous en phase de régime ou de sèche ? Un fort déficit calorique est un déclencheur classique de chute de cheveux diffuse et passagère.
  • Avez-vous intensifié votre entraînement d’un coup ? Un stress physique brutal peut faire basculer d’un coup de nombreux cheveux en phase de repos.
  • Prenez-vous des boosters de testostérone ou des pre-workouts à la composition floue ? Certains produits contiennent des substances hormonalement actives non déclarées.
  • Buvez-vous beaucoup de lait ou de whey ? Sur les forums, on l’associe souvent à un cuir chevelu gras et à des problèmes de peau.
  • Y a-t-il une chute de cheveux héréditaire dans votre famille ? Si oui, la prédisposition est la cause la plus probable, tout à fait indépendamment de la créatine.

L’effluvium télogène est particulièrement sous-estimé. En réaction à un stress, à un déficit calorique ou à une carence en nutriments, le corps fait alors basculer en phase de repos un nombre anormalement élevé de cheveux d’un coup. Le résultat est une chute de cheveux diffuse, répartie sur tout le cuir chevelu et, en règle générale, réversible. C’est typiquement ce qui se produit pendant la sèche intense avant l’été, au moment précis où la créatine entre en scène. Beaucoup confondent cela avec un début de chute de cheveux héréditaire, alors que la cause et l’évolution n’ont rien à voir.

Jeune homme en phase de sèche à la salle de sport, un facteur de stress qui favorise la chute de cheveux diffuse

La créatine malgré une prédisposition : ce que vous pouvez faire concrètement

Admettons que vous ayez une chute de cheveux héréditaire dans la famille ou déjà un diagnostic, mais que vous ne vouliez pas renoncer aux bénéfices de la créatine à l’entraînement. Il existe alors une solution simple et bien documentée. Le finastéride inhibe la 5-alpha-réductase et réduit donc nettement la production de DHT. Même si la créatine augmentait la DHT de façon minime, ce que les données ne confirment pas, le finastéride agirait justement en sens inverse, au même endroit. Aucune interaction connue n’existe entre la créatine et le finastéride. Point important : le finastéride est délivré sur ordonnance et peut entraîner des effets secondaires. Il relève donc d’un suivi médical et ne doit pas se prendre en automédication.

L’association avec le minoxidil est tout aussi sereine. Le minoxidil agit en améliorant l’irrigation sanguine et en prolongeant la phase de croissance, pas en touchant à l’équilibre hormonal. Il n’intervient pas du tout dans le métabolisme de la DHT : aucun risque de conflit, donc, avec la créatine. Bref, quiconque suit déjà un traitement médicamenteux contre la chute de cheveux peut en général poursuivre la créatine sans souci. Vous trouverez plus d’informations sur ces principes actifs dans nos articles consacrés au minoxidil et à l’interaction entre les hormones et les cheveux.

Ce qui pèse vraiment sur les cheveux : le point sur les compléments

Si ce n’est pas la créatine, alors quoi ? Dans le rayon nutrition sportive, plusieurs produits présentent un risque très variable pour les cheveux. Le tableau suivant classe les candidats les plus courants selon les données disponibles.

ProduitRisque de chute de cheveuxDonnées
Stéroïdes anabolisantsÉlevé (en cas de prédisposition)Net : un excès massif de testostérone fait fortement monter la DHT
Boosters de testostéroneMoyen à élevéRisqué surtout en cas d’ajouts de stéroïdes non déclarés
Pre-workoutVariable selon la compositionLa caféine est sans danger ; problématique seulement avec des additifs hormonalement actifs
Whey (protéines de lactosérum)Faible à incertainAucune preuve clinique convaincante d’un lien de cause à effet
BCAATrès faibleTout au plus un effet hormonal minime et de courte durée après l’entraînement
CréatineTrès faibleUne ancienne étude avec hausse de la DHT (n=20, jamais répliquée) ; essai randomisé 2025 sans effet
Biotine, vitamine D, zincAucun risqueC’est plutôt une carence qui est associée à la chute de cheveux, pas la prise

La créatine n’est pas un anabolisant, et c’est plus qu’un détail

La confusion la plus fréquente sur tout le sujet : la créatine agirait comme un stéroïde. Sur le plan biochimique, c’est complètement faux. Les stéroïdes anabolisants sont des androgènes synthétiques qui se lient directement aux récepteurs aux androgènes et bouleversent en profondeur le système hormonal. Ils sont délivrés sur ordonnance, interdits dans le sport et inscrits sur la liste des produits dopants. La créatine, elle, est un composé naturel produit par le corps, qui soutient le métabolisme énergétique de la cellule musculaire sans toucher à la production hormonale.

CaractéristiqueStéroïdes anabolisantsCréatine
Classe de substanceAndrogènes synthétiquesComposé naturel produit par le corps
Mode d’actionSe lie directement aux récepteurs aux androgènesAméliore la régénération de l’ATP
Effet sur la DHTHausse massive via l’excès de testostéroneTout au plus minime, non reproduit
Statut juridiqueSur ordonnance, produit dopantLégale, en vente libre, absente de la liste de l’AMA
Risque de chute de cheveuxÉlevé en cas de prédispositionAucune preuve solide

La créatine est-elle sûre par ailleurs ?

Comme cette question revient souvent avec d’autres inquiétudes, un coup d’œil élargi s’impose. La prise de position de l’International Society of Sports Nutrition de 2017 synthétise plus de cinq cents études. La conclusion est nette : à une dose de 3 à 5 grammes par jour, et même à des quantités bien supérieures sur plusieurs années, la créatine est sûre et bien tolérée. Tant que les reins sont sains et le foie normal, elle ne cause aucun dommage. Dans les études, les utilisateurs souffraient même de moins de crampes musculaires et de blessures que les non-utilisateurs.

La légère prise de poids souvent constatée au début n’est ni de la graisse ni un effet hormonal : c’est de l’eau retenue dans la cellule musculaire. Cela n’a rien à voir avec vos cheveux.

Dans nos cliniques, nous voyons chaque jour des hommes sportifs s’inquiéter au sujet de leur créatine. Au vu des données actuelles, la créatine n’est pas à l’origine de leur chute de cheveux. Celui qui perd vraiment ses cheveux présente presque toujours une alopécie héréditaire, que seule une analyse capillaire spécialisée permet de confirmer avec certitude. C’est là que doit se porter l’attention, pas sur le complément.

Dr Balwi, directeur médical chez Elithair

Vous perdez réellement vos cheveux ? Voici comment procéder

Si votre chute de cheveux est bien réelle et qu’il ne s’agit pas d’une perte un peu plus marquée que d’habitude sous la douche, alors un plan clair compte plus que la question de la créatine.

  1. Identifier la cause. Faites déterminer par une analyse capillaire s’il s’agit d’une alopécie androgénétique ou d’un effluvium télogène passager. C’est ce qui décide de toute la suite.
  2. Ne pas arrêter la créatine à l’aveugle. En cas de chute de cheveux héréditaire, cela ne sert à rien : la cause est génétique, elle n’est pas dans le complément.
  3. Agir tôt sur le plan médicamenteux. Le finastéride et le minoxidil peuvent freiner l’évolution et préserver les cheveux en place : plus c’est précoce, mieux c’est.
  4. En cas de perte avancée, penser à la solution durable. Si l’alopécie est déjà bien installée, seule une greffe de cheveux permet de retrouver les cheveux perdus.

Elithair a réalisé plus de 150 000 greffes de cheveux, travaille sous certification TÜV conforme à la norme ISO 9001 et offre une garantie écrite de 20 ans. La méthode DHI est utilisée en standard : les greffons y sont implantés directement à l’aide d’un implanteur CHOI. Elle est complétée par la NEO FUE, un sérum de cellules souches végétales qui porte le taux de repousse des cheveux transplantés jusqu’à 98 pour cent. Les cheveux transplantés proviennent de la zone donneuse résistante à la DHT : ils ne retombent donc pas. Mais la première étape reste toujours la même : savoir ce qui se passe vraiment.

Questions fréquentes sur la créatine et la chute de cheveux

Dois-je arrêter la créatine si je remarque une chute de cheveux ?
En règle générale, non. Si c’est une chute de cheveux héréditaire, l’arrêt ne change rien, car la cause est génétique. Si c’est autre chose, comme le stress ou un déficit calorique, la créatine n’en est pas non plus le déclencheur. Mieux vaut faire identifier la vraie cause.
La créatine peut-elle accélérer une chute de cheveux héréditaire déjà installée ?
Il n’existe aucune preuve solide en ce sens. L’essai randomisé de 2025 n’a, même chez des pratiquants de musculation, trouvé aucune modification des paramètres capillaires. Pour mettre toutes les chances de son côté, on associe la créatine à un inhibiteur de la 5-alpha-réductase comme le finastéride.
La créatine rend-elle chauve ?
Non. Cette idée remonte à une seule étude de 2009, qui n’a mesuré qu’une hausse de la DHT dans le sang, pas une chute de cheveux. En plus de quinze ans, personne n’a pu la reproduire.
De combien la créatine augmente-t-elle réellement la DHT ?
La plupart des études ne montrent aucune hausse du tout. La seule exception, en 2009, a mesuré une hausse qui restait cependant dans l’intervalle physiologique normal et n’a jamais été confirmée.
En quoi la créatine se distingue-t-elle des anabolisants ?
La créatine est une substance naturelle produite par le corps, qui soutient uniquement le métabolisme énergétique. Les stéroïdes anabolisants sont des hormones synthétiques qui bouleversent directement le système hormonal et peuvent fortement augmenter la DHT. Seuls ces derniers présentent un risque clair de chute de cheveux.
Puis-je prendre de la créatine si je prends du finastéride ?
Oui. Il n’existe aucune interaction connue. Le finastéride réduit la production de DHT et protège ainsi en plus de la chute de cheveux héréditaire, tandis que la créatine soutient l’effet de l’entraînement.
Quelle créatine est la meilleure pour les cheveux ?
Il n’existe aucune preuve qu’une forme particulière ménagerait davantage les cheveux. La créatine monohydrate est la variante la mieux étudiée et la plus recommandée. La forme ne joue aucun rôle pour les cheveux.
Pourquoi est-ce que je perds mes cheveux peu après avoir commencé la créatine ?
Cela ne peut absolument pas venir de la créatine. Un cheveu qui entre en phase de repos ne tombe qu’environ trois mois plus tard. Une perte accrue après quelques jours ou quelques semaines a une autre cause, qui ne fait que coïncider dans le temps.
La créatine est-elle aussi sans danger pour les femmes ?
La recherche sur les cheveux porte en grande majorité sur les hommes. Comme les femmes ont des taux de DHT nettement plus bas et un tout autre schéma de chute de cheveux, rien n’indique un risque accru lié à la créatine.
Qui devrait être plus prudent avec la créatine ?
Avant tout les hommes ayant une nette prédisposition familiale à la chute de cheveux héréditaire précoce. Pour eux, une incertitude résiduelle théorique demeure. Avec une protection contre la DHT comme le finastéride, cette inquiétude peut être désamorcée.
Arrêter la créatine stoppe-t-il ma chute de cheveux ?
En cas de chute de cheveux héréditaire, non. Elle progresse indépendamment de la créatine tant qu’elle n’est pas traitée. En arrêtant, vous vous privez seulement du complément, pas de la cause.
Une greffe de cheveux aide-t-elle si la créatine n’est pas en cause ?
Si la cause est une alopécie androgénétique avancée, une greffe permet de retrouver durablement les cheveux perdus, car les cheveux transplantés proviennent de la zone donneuse résistante à la DHT. Une analyse capillaire détermine si cela est pertinent pour vous.

Conclusion : la créatine provoque-t-elle la chute de cheveux ?

L’inquiétude est compréhensible, mais le mythe ne tient pas la route. Un seul résultat, jamais reproduit, datant de 2009, face à plus de quinze ans de recherche et à un essai randomisé de 2025 qui a, pour la première fois, mesuré les cheveux eux-mêmes sans rien trouver. Pour l’immense majorité des hommes, la créatine est sans danger pour les cheveux. Celui qui a une prédisposition génétique se protège avec le finastéride. Et celui qui perd vraiment ses cheveux ferait mieux de consacrer son énergie à élucider la vraie cause plutôt qu’à arrêter la créatine.

Sources

  • Van der Merwe J et al. Three Weeks of Creatine Monohydrate Supplementation Affects Dihydrotestosterone to Testosterone Ratio in College-Aged Rugby Players. Clin J Sport Med. 2009. PubMed
  • Lak M, Antonio J, Tinsley GM et al. Does creatine cause hair loss? A 12-week randomized controlled trial. J Int Soc Sports Nutr. 2025. PubMed
  • Antonio J et al. Common questions and misconceptions about creatine supplementation. J Int Soc Sports Nutr. 2021. PMC
  • Antonio J et al. Part II. Common questions and misconceptions about creatine supplementation. J Int Soc Sports Nutr. 2024. PubMed
  • Kreider RB et al. ISSN position stand: safety and efficacy of creatine supplementation. J Int Soc Sports Nutr. 2017. PubMed
  • Cribb PJ et al. Short-term creatine supplementation does not alter the hormonal response to resistance training. 2007. PubMed
  • American Hair Loss Association. Creatine and Hair Loss: What the Latest Study Got Right and What It Missed. 2025. americanhairloss.org

Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical. En cas de chute de cheveux persistante, consultez un spécialiste pour obtenir un diagnostic.

Dr. Imad Moustafa

Dr. Imad Moustafa

Médecin en greffe capillaire

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