Lorsque l’on parle d’alopécie , on cite souvent ses causes physiologiques comme les changements hormonaux ou des maladies auto-immunes.
Ce que l’on oublie souvent, c’est que le stress aussi peut causer une perte de cheveux. Son effet sur la chevelure peut directement induire une alopécie, mais il peut aussi être indirect et s’exprimer à travers des troubles du comportement.
C’est le cas de la trichotillomanie, une affection qui amène les individus touchés à s’arracher compulsivement les cheveux. Explications et conseils pour s’en débarrasser dans cet article.
En bref : qu’est-ce que la trichotillomanie ?
La trichotillomanie est un trouble psychique reconnu, dans lequel la personne cède de façon répétée à une forte envie de s’arracher ses propres cheveux, le plus souvent au niveau du cuir chevelu, des sourcils ou des cils. Elle fait partie des comportements répétitifs centrés sur le corps (BFRB) et n’est pas un manque de volonté. Une nette amélioration est possible grâce à la thérapie comportementale.
- Classification : code CIM-11 6B25.0, classée dans le spectre obsessionnel-compulsif dans le DSM-5.
- Prévalence sur la vie entière d’environ 0,5 à 2 pour cent selon les études, avec un nombre de cas non recensés probablement élevé.
- Meilleur traitement : la thérapie comportementale, avant tout l’entraînement à l’inversion des habitudes (habit-reversal training). Une greffe de cheveux ne traite pas le trouble.
- Tant que les follicules sont intacts, les cheveux repoussent le plus souvent dès que l’arrachage cesse.
Remarque : cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis, un diagnostic ou un traitement médical ou psychothérapeutique.
Sommaire
- Qu’est-ce que la trichotillomanie ?
- Trichotillomanie : causes et déclencheurs psychiques
- Qui est concerné ? Fréquence, âge et zones du corps
- La trichotillomanie est-elle une obsession, une addiction ou une automutilation ?
- Test de trichotillomanie : comment reconnaître le trouble ?
- Trichotillomanie ou pelade ? La différence essentielle
- Traiter la trichotillomanie : ce qui aide vraiment
- Qu’est-ce qui aide au quotidien ? Stratégies d’aide immédiate
- Les cheveux repoussent-ils après l’arrachage ?
- La trichotillomanie peut-elle entraîner une perte de cheveux définitive ? Et quand une analyse capillaire est utile
- Trichotillomanie chez l’enfant : ce que les parents doivent savoir
- Camoufler les zones dégarnies au quotidien
- Pronostic : la trichotillomanie passe-t-elle avec l’âge ?
- Trichophagie et syndrome de Raiponce
- Questions fréquentes sur la trichotillomanie
- Conclusion
- Sources
Qu’est-ce que la trichotillomanie ?
La trichotillomanie, aussi appelée arrachage pathologique des cheveux, est un trouble psychique appartenant au spectre des comportements répétitifs centrés sur le corps (Body-Focused Repetitive Behaviors, BFRB). L’OMS la répertorie dans la CIM-11 sous le code 6B25.0, apparentée au trouble de l’excoriation (dermatillomanie). La personne s’arrache de façon répétée ses propres cheveux, bien qu’elle ne le veuille pas.
Dans le DSM-5, la trichotillomanie figure dans le chapitre « Trouble obsessionnel-compulsif et troubles apparentés », aux côtés du trouble obsessionnel-compulsif et du trouble de l’excoriation. Un repère important pour situer les connaissances actuelles : dans l’ancienne CIM-10, elle était encore considérée comme un « trouble du contrôle des impulsions ». Sa nouvelle place dans la CIM-11 traduit la compréhension actuelle en tant que BFRB à part entière.
Les spécialistes distinguent deux formes : dans l’arrachage automatique, la personne ne s’en rend compte qu’après coup, par exemple en lisant ou en regardant la télévision. Dans l’arrachage focalisé, il s’agit d’un geste conscient, souvent déclenché par le fait de repérer au toucher un cheveu ressenti comme « anormal », avec une tension avant et un soulagement après (Grant & Chamberlain, 2016).
Important pour bien comprendre : la trichotillomanie n’est pas une mauvaise habitude ni une faiblesse de caractère. C’est précisément le critère du DSM-5 selon lequel les tentatives répétées d’arrêter échouent malgré la souffrance ressentie qui distingue le trouble d’une simple habitude. Les mécanismes neurobiologiques précis restent, selon le Deutsches Ärzteblatt, « largement inexpliqués » à ce jour.
Trichotillomanie : causes et déclencheurs psychiques
Les causes de la trichotillomanie sont multifactorielles. Il n’existe pas de cause unique, mais un enchevêtrement de prédisposition génétique, de traitement modifié des stimuli dans le cerveau et de déclencheurs psychiques comme le stress, la tension, l’anxiété, l’ennui ou la tristesse. L’arrachage procure à court terme un relâchement de la tension et s’auto-entretient ainsi.
C’est là que se situe la cause psychique centrale de l’arrachage des cheveux. Selon le Deutsches Ärzteblatt, l’arrachage n’est le plus souvent pas déclenché par un événement extérieur précis, mais par une tension intérieure globalement accrue. L’arrachage apporte un bref soulagement. Cette récompense ancre le comportement et en fait un schéma d’auto-apaisement appris.

Ce cercle explique pourquoi le simple fait de « se ressaisir » fonctionne rarement : le déclencheur ou la tension intérieure mènent à l’envie, l’envie à l’arrachage, l’arrachage à un soulagement passager et souvent, ensuite, à la honte ou à la frustration, qui augmentent de nouveau la tension. Ce schéma de renforcement est le fondement des thérapies comportementales efficaces (voir la section Traitement).
Une partie des personnes concernées rapportent des expériences pénibles telles que le harcèlement, la violence ou des abus comme possible facteur déclenchant associé. Cela ne vaut toutefois pas pour toutes : les associations spécialisées soulignent que beaucoup commencent sans aucun déclencheur identifiable, par exemple par ennui. La trichotillomanie n’est donc pas une conséquence inévitable d’un traumatisme, et personne n’a à se ranger dans une case qui ne lui correspond pas.
D’autres difficultés psychiques s’y ajoutent fréquemment. L’article de synthèse de Grant et Chamberlain évoque une dépression majeure chez 39 à 65 pour cent, des troubles anxieux chez 27 à 32 pour cent et un trouble obsessionnel-compulsif chez 13 à 27 pour cent des personnes concernées. Important : la trichotillomanie débute le plus souvent avant ces troubles associés ; elle est donc autonome et n’en est pas la conséquence. Pour un tour d’horizon, voir les causes de la chute des cheveux.
Qui est concerné ? Fréquence, âge et zones du corps
La trichotillomanie débute typiquement au début de la puberté. Grant et Chamberlain décrivent l’âge de survenue, à travers les études et les cultures, comme « remarquablement constant » autour de 10 à 13 ans. Selon la source d’information patient DEXIMED, environ deux tiers des personnes concernées développent le trouble pendant la puberté.
La répartition selon le sexe montre un schéma net : durant l’enfance, garçons et filles sont touchés à peu près aussi souvent, tandis qu’à l’âge adulte les femmes prédominent, avec un rapport d’environ 4 pour 1 (Grant & Chamberlain, 2016). Cette différence pourrait tenir en partie à une sous-déclaration chez les hommes. Sur la perte de cheveux féminine en général : la chute des cheveux chez la femme.
L’arrachage concerne le plus souvent le cuir chevelu, puis les sourcils et les cils, plus rarement la barbe et la pilosité corporelle. La description de la CIM-11 mentionne expressément le cuir chevelu, les sourcils et les cils comme zones typiques. Ces localisations sont un symptôme du trouble, pas un cas relevant d’une correction esthétique : le traitement s’attaque toujours au comportement.
Un cas particulier est l’arrachage des cheveux chez le jeune enfant, avant environ cinq ans. Il apparaît souvent comme un moyen d’auto-apaisement à l’endormissement, à l’image de la succion du pouce, et est le plus souvent bénin et passager. Toute zone dégarnie chez un enfant doit néanmoins faire l’objet d’un avis médical (voir plus loin le chapitre destiné aux parents).
La trichotillomanie est-elle une obsession, une addiction ou une automutilation ?
La trichotillomanie n’est ni une addiction classique ni une automutilation intentionnelle, mais un comportement répétitif centré sur le corps à part entière, dans le spectre obsessionnel-compulsif au sens large. Ce classement vient du DSM-5 et est plus qu’une question de mots : il détermine le traitement approprié.
La différence avec le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) : dans les TOC classiques, le rituel est le plus souvent précédé de pensées intrusives, anxiogènes, que l’on cherche à neutraliser. Dans la trichotillomanie, cet élément manque chez beaucoup de personnes concernées ; c’est le schéma tension-soulagement qui prédomine. Un TOC associé n’est toutefois présent que chez une minorité.
La différence avec l’automutilation non suicidaire : là, la blessure est le plus souvent l’objectif conscient. Dans la trichotillomanie, la perte de cheveux est une conséquence de la régulation de la tension, non son but. En règle générale, la personne ne cherche pas à se faire du mal, mais à réduire une tension intérieure. Des parallèles avec l’addiction existent dans le mécanisme de renforcement, mais il ne s’agit pas d’une addiction à une substance ou à un comportement au sens strict.
Test de trichotillomanie : comment reconnaître le trouble ?
Un véritable test de trichotillomanie, au sens d’un diagnostic, ne peut être posé que par un médecin spécialiste ou un psychothérapeute. Le diagnostic est établi par un professionnel à partir des cinq critères du DSM-5, lors d’un entretien. En clinique et en recherche, la Massachusetts General Hospital (MGH) Hairpulling Scale de Keuthen et al. (1995) sert d’instrument de référence pour mesurer l’évolution, non pour l’auto-diagnostic.
Important : ceci n’est pas un test diagnostique, mais une première orientation. Il ne remplace pas un bilan médical ou psychothérapeutique. Si plusieurs points s’appliquent à vous, parlez-en à un médecin ou à un psychothérapeute.
Auto-évaluation d’orientation (sur la base des critères du DSM-5)
- Je m’arrache de façon répétée mes propres cheveux, au point que des cheveux manquent visiblement.
- J’ai essayé plusieurs fois, sans succès, d’arrêter ou de réduire ce comportement.
- L’arrachage me pèse nettement ou perturbe mon quotidien, mon travail ou mes relations sociales.
- La perte de cheveux ne s’explique pas par une maladie de la peau.
- Elle ne s’explique pas mieux par un autre trouble psychique.
Signes supplémentaires du quotidien
- L’arrachage survient surtout en cas de stress, de tension ou d’ennui.
- Il existe un rituel avec le cheveu (le toucher, l’enrouler, en observer la racine).
- Je cache des zones dégarnies ou j’évite certaines situations pour cette raison.
Des signes cliniques de reconnaissance appuient l’orientation, mais ne prouvent rien à eux seuls : des zones dégarnies de forme irrégulière avec des cheveux de longueurs différentes et des repousses cassées, souvent du côté de la tête facilement accessible à la main dominante, sans la peau lisse, comme rasée, de la pelade.
Trichotillomanie ou pelade ? La différence essentielle
La trichotillomanie et la pelade (alopecia areata) provoquent toutes deux des zones dégarnies, mais elles sont fondamentalement différentes. La trichotillomanie est un arrachage mécanique d’origine psychique. La pelade est une maladie auto-immune dans laquelle des lymphocytes T attaquent le follicule pileux. Un dermatologue les distingue avec certitude, notamment par la trichoscopie.

Le motif de répartition est le premier indice : dans la pelade, apparaissent des plaques rondes, aux bords nets et lisses. Dans la trichotillomanie, les zones ont des contours irréguliers et contiennent des cheveux de longueurs différentes. Sous le trichoscope, cela devient sans équivoque, comme le montre le tableau suivant.
| Caractéristique | Trichotillomanie | Pelade (alopecia areata) |
|---|---|---|
| Cause | arrachage mécanique d’origine psychique | maladie auto-immune (attaque du follicule par les lymphocytes T) |
| Motif / forme | irrégulier, souvent à bords anguleux, du côté facilement accessible | plaques rondes, aux bords nets et lisses |
| Cheveux dans la zone | cheveux de longueurs différentes, repousses cassées | le plus souvent entièrement dégarnie et lisse |
| Peau | sans particularité, éventuellement légère irritation | lisse, « comme rasée » |
| Trichoscopie | signe en V, cheveux en flamme, cheveux en crochet, cheveux frisés | cheveux en point d’exclamation, points jaunes et noirs |
| Traitement | thérapie comportementale (habit-reversal training) | dermatologique (entre autres cortisone, inhibiteurs de JAK) |
Les signes trichoscopiques sont bien documentés : selon une revue systématique sur la précision diagnostique, les cheveux en crochet (spécificité de 100 pour cent), le signe en V (99 pour cent) et les cheveux frisés (99,6 pour cent) sont hautement spécifiques de la trichotillomanie. Le signe en V apparaît, selon Rakowska et al. (2014), dans 58 pour cent des cas de trichotillomanie, mais dans seulement 8 pour cent des cas de pelade. Plus de détails dans l’article la pelade.
Traiter la trichotillomanie : ce qui aide vraiment
Le traitement le plus efficace de la trichotillomanie est une thérapie comportementale spécifique, l’entraînement à l’inversion des habitudes (habit-reversal training, HRT), souvent complété par le modèle ComB. Les médicaments sont un second choix, et aucun n’est spécifiquement autorisé pour la trichotillomanie.

Psychothérapie : le premier choix
L’entraînement à l’inversion des habitudes est le traitement de première intention fondé sur les preuves. Il associe l’auto-observation (awareness training), l’apprentissage d’une action concurrente (competing response) et le contrôle des stimuli, généralement sur 4 à 22 séances. Une méta-analyse plus ancienne classait le HRT, avec une taille d’effet (d de Cohen) d’environ −1,14, nettement au-dessus d’un traitement médicamenteux.
Une étude comparative contrôlée néerlandaise (n=43) citée par le Deutsches Ärzteblatt montre à quel point la différence peut être marquée : six séances de thérapie comportementale ont entraîné une réduction des symptômes de 64 pour cent, contre seulement 9 pour cent pour l’antidépresseur fluoxétine et 20 pour cent pour le groupe témoin en liste d’attente. L’échantillon était petit, mais la tendance était sans équivoque en faveur de la thérapie comportementale.
Le modèle ComB (Comprehensive Behavioral Model) de Charles Mansueto élargit le HRT par une analyse individuelle des déclencheurs selon cinq modalités (sensorielle, cognitive, affective, motrice et environnementale). Il est considéré comme un complément utile dans les évolutions plus complexes ou chroniques. Soyons honnêtes : les rechutes font partie de l’évolution, plus de détails plus bas.
Médicaments : second choix, uniquement sur avis médical
Parmi les médicaments, la N-acétylcystéine (NAC) est la plus discutée. Dans une étude en double aveugle contre placebo de Grant, Odlaug et Kim (2009) publiée dans la revue Archives of General Psychiatry (n=50 adultes), 56 pour cent du groupe NAC se sont nettement améliorés, contre 16 pour cent sous placebo. La NAC n’est toutefois pas spécifiquement autorisée pour la trichotillomanie ; sa prise relève exclusivement d’un avis médical.
Particulièrement important pour les parents : une étude pédiatrique n’a trouvé aucune différence entre la NAC et le placebo chez les enfants et les adolescents (taux de réponse de 25 contre 21 pour cent). Chez les jeunes personnes concernées, la thérapie comportementale est donc clairement au premier plan. Les ISRS comme la fluoxétine sont considérés comme faiblement étayés et ne sont le plus souvent utilisés qu’en présence de troubles associés comme la dépression, comme décision médicale au cas par cas.
| Approche | Ce qui se passe | Pour qui | Remarque / niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Habit-reversal training | prise de conscience, action concurrente, contrôle des stimuli | premier choix, tous les âges | meilleures données disponibles |
| Modèle ComB / TCC élargie | analyse des déclencheurs selon cinq modalités | cas complexes, chroniques | complète le HRT |
| N-acétylcystéine (NAC) | acide aminé, uniquement sur prescription médicale | plutôt les adultes, en complément | preuves limitées, pas d’autorisation, pas plus efficace que le placebo chez l’enfant |
| ISRS / autres médicaments | le plus souvent en cas de troubles associés | décision médicale au cas par cas | données faibles et hétérogènes |
| Entraide / groupes | stratégies du quotidien, échange, soulagement | en complément pour tous | ne remplace pas une thérapie |
Entraide et points de contact
Au-delà de la thérapie, des points de contact aident à s’orienter. En France, l’AFTOC (association française de personnes souffrant de troubles obsessionnels compulsifs) est une adresse utile ; à l’international, la TLC Foundation for BFRBs (bfrb.org, fondée en 1991) propose un annuaire d’entraide et de professionnels. Le tableau suivant montre sur quels critères vous pouvez vous appuyer dans votre recherche.
Trouver l’aide adaptée : un petit guide
- Termes de recherche : « thérapie comportementale », « habit-reversal training », « expérience de la trichotillomanie / dermatillomanie », « comportement répétitif centré sur le corps ».
- Rendez-vous : votre médecin traitant peut vous orienter vers un psychothérapeute ou un psychiatre ; en France, le dispositif « Mon soutien psy » facilite l’accès à des séances de psychologue.
- Sociétés et associations : l’AFTOC en France et, à l’international, la TLC Foundation for BFRBs.
- Enfants et adolescents : une prise en charge en psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent expérimentée dans les BFRB.
Qu’est-ce qui aide au quotidien ? Stratégies d’aide immédiate
De petites barrières comportementales et davantage de pleine conscience peuvent atténuer sur le moment l’envie d’arracher. Cette aide immédiate ne remplace pas une thérapie, mais la soutient. Les points suivants sont issus de l’entraînement à l’inversion des habitudes et rejoignent les conseils faciles d’accès du NHS britannique.

Carte d’aide immédiate pour le quotidien
- Tenez un journal des déclencheurs : notez quand et où l’envie surgit.
- Mettez en place une action concurrente : serrer le poing, presser une balle à picots ou anti-stress, utiliser un objet fidget.
- Utilisez des barrières physiques : gants, pansements sur le bout des doigts, chapeau ou bonnet, ongles courts.
- Neutralisez les déclencheurs : rangez pince à épiler, miroir et instruments d’épilation hors de votre vue.
- Occupez vos mains : dans les situations à risque comme regarder la télévision ou lire, prenez volontairement quelque chose en main.
Ces stratégies soutiennent la démarche, mais en cas de souffrance persistante, elles ne remplacent pas une prise en charge professionnelle.
Un journal des déclencheurs rend visibles des schémas que l’on ne remarque pas autrement. Notez sur quelques jours dans quelle situation l’envie surgit, quelle émotion la précédait et ce qui a aidé. Les exemples suivants montrent à quoi de telles entrées peuvent ressembler.
| Situation (où / quand) | Émotion avant | Réaction / ce qui a aidé |
|---|---|---|
| Le soir devant la télé | tension, ennui | balle à picots pressée |
| Au bureau en travaillant | concentration, agitation intérieure | bout des doigts couvert de pansements |
| Avant de m’endormir, au lit | ruminations, tension | mains sous la couette, brève respiration |
| Dans la salle de bain devant le miroir | recherche de cheveux « irréguliers » | lumière tamisée, pièce quittée |
| En voiture, dans les embouteillages | frustration, impatience | volant tenu fermement, chewing-gum |
Les cheveux repoussent-ils après l’arrachage ?
Dans la plupart des cas, les cheveux repoussent après une trichotillomanie. Tant que les follicules sont intacts, ils reprennent leur activité dès que l’arrachage cesse durablement. Les premiers cheveux fins deviennent le plus souvent visibles sur quelques mois. Seul un arrachage très prolongé et répété peut endommager durablement certains follicules.
La raison réside dans le cycle capillaire naturel : une fois la traction disparue, les follicules d’abord en phase de repos (télogène) entrent de nouveau en phase de croissance (anagène). La chronologie suivante est un cadre d’orientation fondé sur la physiologie générale de la croissance des cheveux, et non un chiffre d’étude spécifique à la trichotillomanie.
| Période | Ce qui se passe | Condition |
|---|---|---|
| Mois 1–2 | arrachage stoppé, les follicules irrités récupèrent | follicules intacts |
| Mois 3–4 | les follicules entrent en phase de croissance (anagène) | réversible |
| Mois 4–6 | premiers nouveaux cheveux, souvent fins ou frisés, visibles | réversible |
| à partir du mois 6+ | densité croissante, la structure se normalise | réversible |
| Cas particulier | repousse absente ou incomplète en cas de cicatrisation | évolution chronique de longue date |
Le facteur déterminant est la durée : un arrachage occasionnel ou de courte durée n’entraîne le plus souvent qu’une raréfaction passagère. À l’inverse, un arrachage répété pendant des années au même endroit peut endommager durablement les follicules par une sollicitation mécanique répétée. Restez prudent avec les pronostics : il n’existe pas de délai de repousse fixe et démontré pour la trichotillomanie.
Soins du cuir chevelu en phase de récupération
En phase de récupération, le cuir chevelu a surtout besoin de ménagement après l’arrachage. Nettoyez les zones concernées avec douceur et sans frotter vigoureusement, renoncez aux produits coiffants agressifs, à la chaleur et aux coiffures qui tirent fort. Toute sollicitation mécanique supplémentaire peut retarder la récupération des follicules. Si apparaissent rougeur, desquamation, croûtes ou signes d’inflammation, un avis dermatologique s’impose.
La trichotillomanie peut-elle entraîner une perte de cheveux définitive ? Et quand une analyse capillaire est utile
Une perte de cheveux définitive due à la trichotillomanie est rare. Un arrachage de courte durée n’endommage le plus souvent pas les follicules de façon permanente. Ce n’est qu’un arrachage répété pendant des années qui peut agir comme une forme d’alopécie de traction et, par une inflammation chronique, mener à une cicatrisation où le tissu folliculaire fonctionnel est remplacé par du tissu cicatriciel. Pour ce risque, il n’existe pas de chiffre de fréquence solide ; il repose sur l’expérience clinique et des cas rapportés.
Il en découle un ordre clair. La première étape, la plus importante, est toujours la prise en charge psychothérapeutique du trouble. Une greffe de cheveux est contre-indiquée en cas d’arrachage actif, car les cheveux transplantés seraient tout autant arrachés et la maladie sous-jacente resterait non traitée. Elle n’est pas une solution à la trichotillomanie.
Ce n’est qu’après une rémission stable, c’est-à-dire lorsque l’arrachage est durablement stoppé, et seulement pour des zones résiduelles qui ne repoussent plus, que se pose la question d’une reconstruction. Une analyse capillaire, sous forme d’examen visuel du motif au trichoscope, peut alors déterminer si les follicules sont irrités de façon réversible ou endommagés durablement. Elle ne remplace pas un diagnostic médical, mais aide à distinguer le réversible du cicatriciel.
Le point de vue de la pratique Elithair
« Sous le trichoscope, lors de l’analyse capillaire, nous reconnaissons souvent si un arrachage mécanique ou une pelade se cache derrière des zones dégarnies. Tant qu’il y a un arrachage actif, nous déconseillons clairement une greffe de cheveux. La première étape est toujours la prise en charge psychothérapeutique. On ne peut envisager une reconstruction qu’au plus tôt après une rémission stable, et uniquement pour des zones dont la cicatrisation est achevée. »
L’équipe médicale d’Elithair
Si, après un traitement réussi, il s’agit de zones résiduelles cicatricielles, Elithair travaille avec l’extraction de greffons individuels (FUE) et l’implantation DHI. Cela ne concerne que le résultat esthétique après une thérapie comportementale achevée, jamais le trouble lui-même. Une analyse capillaire gratuite peut, dans ce cas, déterminer si les zones sont réversibles ou cicatricielles.
Trichotillomanie chez l’enfant : ce que les parents doivent savoir
Chez le jeune enfant, l’arrachage des cheveux est souvent une phase passagère dans le cadre de l’auto-apaisement, généralement associée à la succion du pouce ou à l’onychophagie. Le pronostic chez le jeune enfant est, selon la TLC Foundation, majoritairement favorable, et l’arrachage cesse souvent de lui-même. Il reste néanmoins vrai que toute zone dégarnie chez un enfant doit toujours faire l’objet d’un avis pédiatrique.
Ce bilan écarte des causes physiques comme une maladie de la peau, une pelade ou des sources de stress comme les poussées dentaires. Ne vous fiez pas à un « ça lui passera » général. À l’âge scolaire et à l’adolescence, période où le trouble débute souvent vers 10 à 13 ans, un bilan en psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent est utile.
Pour l’attitude des parents : garder son calme, offrir de la proximité, ne pas punir et ne pas faire honte. À propos de l’hérédité : une agrégation familiale est documentée, une contribution génétique est supposée. La prédisposition n’est cependant pas une fatalité, la plupart des enfants de parents concernés ne développent pas de trichotillomanie. Restez par ailleurs attentif au fait que votre enfant porte ou non les cheveux arrachés à la bouche (voir Trichophagie).
| Mieux vaut ne pas dire ou faire | Ce qui aide vraiment |
|---|---|
| « Arrête donc, tout simplement » | montrer de la compréhension, prendre au sérieux comme un trouble |
| reproches, humiliation, prise sur le fait permanente | encourager et accompagner vers une aide professionnelle |
| écarter ou surveiller les mains | détourner l’attention ensemble avec bienveillance, saluer les progrès |
Camoufler les zones dégarnies au quotidien
En attendant que les cheveux repoussent, les zones dégarnies peuvent être dissimulées discrètement. Camoufler est explicitement permis et n’est pas un abandon : cela réduit la souffrance pendant que se déroule le traitement à proprement parler. L’important est seulement que le camouflage ne remplace pas la thérapie.
Des options pratiques sont les fibres capillaires (poudre de fibres pour les zones clairsemées), des coiffures adaptées avec une raie déplacée, des foulards, bonnets ou bandanas, ainsi que, pour les zones plus étendues, un postiche. En cas de perte de cils ou de sourcils, de discrètes solutions cosmétiques de transition aident. Le NHS cite lui aussi les bonnets et les bandanas comme une aide pratique.
Une remarque : les coiffures qui tirent en permanence, comme des tresses serrées ou des extensions, sollicitent davantage des zones déjà éprouvées et devraient être évitées en phase de récupération. L’objectif est d’épargner aux follicules toute sollicitation mécanique supplémentaire.
Pronostic : la trichotillomanie passe-t-elle avec l’âge ?
Chez le jeune enfant, l’arrachage disparaît souvent de lui-même. En revanche, lorsque la trichotillomanie débute à la puberté ou à l’âge adulte, elle évolue le plus souvent de façon chronique et fluctuante, avec de meilleures et de moins bonnes phases. Selon DEXIMED, elle devient nettement plus tenace lorsqu’elle persiste plus de six mois, et passe rarement d’elle-même sans traitement.
Avec une thérapie comportementale, une nette amélioration est réaliste, comme le montrent les 64 pour cent de réduction des symptômes cités dans l’étude néerlandaise. En même temps, par souci d’honnêteté : selon une revue systématique, 50 à 67 pour cent des répondeurs initiaux connaissent une rechute au long cours. Une rechute dans les phases de stress est donc fréquente et n’est pas un échec personnel, mais fait partie de l’évolution typique.
Trichophagie et syndrome de Raiponce
Certaines personnes concernées mangent les cheveux arrachés, ce que l’on appelle la trichophagie. Les cheveux avalés peuvent se condenser dans l’estomac en une boule de cheveux (trichobézoard). Si celle-ci s’étend jusqu’à l’intestin grêle, on parle de syndrome de Raiponce, une urgence médicale très rare mais grave.
Le syndrome de Raiponce est un phénomène exceptionnel : jusqu’en 2019, selon une revue de cas, environ 120 cas étaient décrits dans la littérature mondiale, dont environ 90 pour cent de femmes et environ 80 pour cent de personnes de moins de 30 ans. Les signes d’alerte sont des douleurs abdominales, des nausées, une sensation de satiété, une perte de poids inexpliquée ou une masse abdominale palpable. S’ils surviennent en cas de trichophagie connue, un avis médical immédiat s’impose.
Questions fréquentes sur la trichotillomanie
Quel médecin traite la trichotillomanie ?
Ce sont les psychothérapeutes et les psychiatres expérimentés dans les troubles obsessionnels-compulsifs et apparentés qui sont compétents, et chez l’enfant la psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent. Un dermatologue peut aider à distinguer la trichotillomanie d’une autre chute de cheveux.
Le traitement de la trichotillomanie est-il pris en charge ?
En France, les consultations chez un psychiatre sont prises en charge par l’Assurance Maladie. Pour un psychologue, le dispositif « Mon soutien psy » permet la prise en charge de séances. Votre médecin traitant peut vous orienter et faciliter l’accès à ces soins.
Combien de temps faut-il pour que les cheveux repoussent ?
Comme repère approximatif, sur la base du cycle capillaire : les premiers cheveux fins deviennent souvent visibles sur 3 à 6 mois après l’arrêt, la densité complète demande plus de temps. Il n’existe pas de délai fixe et démontré par des études spécifiquement pour la trichotillomanie.
Peut-on arrêter la trichotillomanie soi-même ?
En partie. Des stratégies du quotidien comme un journal des déclencheurs, des actions concurrentes et des barrières physiques peuvent atténuer l’envie. En cas de souffrance persistante, elles ne remplacent toutefois pas une prise en charge professionnelle.
Comment gérer la trichotillomanie chez le coiffeur ou dans mon entourage ?
Vous n’avez à vous justifier auprès de personne. Beaucoup de personnes concernées préviennent brièvement le coiffeur en qui elles ont confiance, afin que les zones dégarnies soient traitées avec délicatesse. Dans l’entourage proche, une explication factuelle, précisant qu’il s’agit d’un trouble reconnu et non d’une mauvaise habitude, aide.
La trichotillomanie se guérit-elle ?
Le terme « guérir » ne convient pas tout à fait. La trichotillomanie se traite toutefois bien, et une nette amélioration jusqu’à la rémission est réaliste. Les rechutes dans les phases de stress sont fréquentes et ne sont pas un échec, mais font partie de l’évolution typique et fluctuante.
Conclusion
La trichotillomanie est un trouble psychique traitable, pas un manque de volonté. La thérapie comportementale, au premier rang l’entraînement à l’inversion des habitudes, agit de façon démontrée mieux qu’une monothérapie médicamenteuse. L’étape la plus importante est donc de chercher une aide psychothérapeutique professionnelle, plutôt que de se faire des reproches.
Pour les cheveux : dans la plupart des cas, ils repoussent dès que l’arrachage cesse, parce que les follicules sont intacts. Une greffe de cheveux n’est pas un substitut au traitement et est contre-indiquée en cas d’arrachage actif. En 2026, le message reste clair : traiter d’abord le trouble, puis réfléchir aux zones résiduelles.
Sources
- Grant JE, Chamberlain SR (2016). Trichotillomania. American Journal of Psychiatry.
- Grant JE, Odlaug BL, Kim SW (2009). N-Acetylcysteine in the treatment of trichotillomania. Archives of General Psychiatry.
- Rakowska A et al. (2014). New trichoscopy findings in trichotillomania. Acta Dermato-Venereologica.
- Diagnostic Accuracy of Trichoscopy in Trichotillomania. Acta Dermato-Venereologica.
- Habit Reversal Therapy in Obsessive Compulsive Related Disorders (Systematic Review). PMC / Frontiers.
- WHO ICD-11: 6B25.0 Trichotillomania. Référence CIM-11.
- Deutsche Gesellschaft Zwangserkrankungen e.V. : Trichotillomanie. zwaenge.de.
- Deutsches Ärzteblatt : Trichotillomanie, rätselhafte psychische Erkrankung. aerzteblatt.de.
- NHS : Trichotillomania. nhs.uk.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis, un diagnostic ou un traitement médical ou psychothérapeutique. En cas de suspicion de trichotillomanie, adressez-vous à un médecin ou à un psychothérapeute. À jour en 2026.

Dr. Imad Moustafa
Médecin en greffe capillaire